samedi 14 octobre 2017

L'ange du Portugal invite les enfants de Fatima à prier






Printemps 1916 : les trois cousins, en gardant les moutons, reçoivent la visite d’un « être de Lumière » qui se présente comme l’Ange de la Paix. Il répète prosterné :

« Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime. Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, n’adorent pas, n’espèrent pas et ne vous aiment pas.»

Il les assure que les Cœurs de Jésus et Marie écoutent leurs prières.

Eté 1916 : l’Ange revient et se déclare l’Ange du Portugal. Il demande des sacrifices en réparation pour les pécheurs et pour la Patrie.

Octobre 1916 : l’Ange se prosterne devant un calice et une Hostie dont coulent des gouttes de sang. Il répète cette fois la prière :

« Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément et je vous offre les très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Jésus-Christ présent dans tous les tabernacles du monde, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences dont il est lui-même offensé, et, par les mérites infinis de son Très Saint Cœur et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande
la conversion des pauvres pécheurs.»

Il donne la communion aux voyants et part en recommandant de réparer les ingratitudes des hommes.

source: Les Apparitions de Fatima en quelques dates



vendredi 6 octobre 2017

Y a-t-il une Église conciliaire ? par Mgr Bernard Tissier de Mallerais - Juillet 2013


EXISTE-T-IL UNE ÉGLISE CONCILIAIRE, société constituée et distincte de l’Église catholique, différant d’elle sinon par ses membres du moins par ses buts ? Et si c’est le cas, quels sont ses rapports avec l’Église catholique ? Voilà des questions qui se posent à la conscience catholique depuis le 25 juin 1976, jour où le substitut de la secrétairerie d’État du pape Paul VI, Mgr Giovanni Benelli [1], usa de cette expression dans une lettre écrite de la part du pape à Mgr Lefebvre :

[Si les séminaristes d’Écône] sont de bonne volonté et sérieusement préparés à un ministère presbytéral dans la fidélité véritable à l’Église conciliaire, on se chargera de trouver ensuite la meilleure solution pour eux.

Plusieurs études sont parues sur le sujet dans Le Sel de la terre [2] depuis lors. Formulons un nouvel état de la question pour répondre à celle-ci.

Approche d’une définition de l’Église conciliaire

Efforçons-nous d’abord de définir les deux Églises en question, par leurs quatre causes selon Aristote. Une société est un être moral, de la catégorie relation, laquelle fait le lien entre les membres. On peut distinguer :

— La cause matérielle : ce sont les personnes unies dans la société. Nous dirons que, dans le cas de l’Église catholique comme dans celui de l’Église conciliaire, ce sont les baptisés.

— La cause efficiente est le chef de la société : pour l’Église catholique, Notre Seigneur Jésus-Christ, son fondateur, et les papes qui sont ses vicaires ; et pour l’Église conciliaire, les papes du Concile, donc les mêmes papes ; si bien que la même hiérarchie semble gouverner les deux Églises.

— La cause finale, qui est la cause des causes, c’est le bien commun recherché par les membres : dans le cas de l’Église catholique, ce bien recherché est le salut éternel ; dans le cas de l’Église conciliaire, c’est plus ou moins principalement l’unité du genre humain : « L’Église, dit le Concile, est dans le Christ comme le sacrement ou, si l’on veut, le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain [3]. »

— La cause formelle est l’union des esprits et des volontés des membres dans la recherche du bien commun. Dans l’Église catholique, par la profession de la même foi catholique, la pratique du même culte divin et la soumission aux mêmes pasteurs et donc aux lois qu’ils font, à savoir le Droit canon. Dans l’Église conciliaire, par l’acceptation de l’enseignement du Concile et du magistère qui se réclame de lui, et par la pratique de la nouvelle liturgie et l’obéissance au nouveau Droit canon.

De ces données approximatives nous pouvons déduire les définitions approximatives des deux Églises : l’Église catholique est la société des baptisés qui veulent sauver leur âme en professant la foi catholique, en pratiquant le même culte catholique et en suivant les mêmes pasteurs, successeurs des Apôtres. L’Église conciliaire, elle, est la société des baptisés qui suivent les directives des papes et des évêques actuels, en épousant plus ou moins consciemment l’intention de réaliser l’unité du genre humain, et qui en pratique acceptent les décisions du Concile, pratiquent la liturgie nouvelle et se soumettent au nouveau Droit canon.

S’il en est ainsi, nous avons deux Églises qui ont les mêmes chefs et la plupart des mêmes membres, mais qui ont des formes et des fins diamétralement disparates : d’une part le salut éternel secondé par le règne social du Christ, Roi des nations, d’autre part l’unité du genre humain par l’œcuménisme libéral, c’est-à-dire élargi à toutes les religions, héritier des décisions conciliaires Unitatis redintegratio, Nostra ætate et Dignitatis humanæ, et qui est l’esprit d’Assise et l’antithèse du règne social de Jésus-Christ. C’est un peu vite dit, mais ce qui va suivre éclairera la justesse de cette opposition.

Une seule hiérarchie pour deux Églises, est-ce possible ?

Que la hiérarchie catholique gouverne à la fois l’Église catholique et une société qui a l’allure d’une contrefaçon d’Église semble répugner à l’assistance promise par le Christ à Pierre et à ses successeurs, garantissant l’inerrance du magistère et l’indéfectibilité de l’Église (Mt 16, 17-19 ; 28, 20). Si le pape dirige une autre Église, il est apostat, il n’est plus pape et l’hypothèse sédévacantiste est vérifiée. – Il suffit de répondre que « Prima sedes a nemine judicatur » et que, par conséquent, nulle autorité ne peut prononcer l’obstination, déclarer la pertinacité d’un souverain pontife dans l’erreur ou la déviance ; et que, d’autre part, en cas de doute, l’Église suppléerait au moins le pouvoir exécutif du pontife apparent (can. 209 du CIC de 1917) [4]. Quant au magistère, il n’est assisté que s’il a l’intention de transmettre le dépôt de la foi et non des nouveautés profanes [5]. Et quant à l’indéfectibilité de l’Église, elle n’empêche pas que l’Église ne puisse en venir, suite à une grande apostasie comme celle annoncée par saint Paul (2 Th 2, 3), à être réduite à un très modeste nombre de vrais catholiques. Par conséquent aucune des difficultés soulevées contre l’existence d’une véritable société appelée Église conciliaire et dirigée par le pape et la hiérarchie catholique n’est décisive.

Il est toutefois préférable d’éviter ces réponses extrêmes. On peut alors s’efforcer de nier l’existence de l’Église conciliaire comme société organisée et dirigée par la hiérarchie de l’Église catholique, ou d’exténuer [6] l’appartenance des membres à cette Église conciliaire.

L’Église conciliaire ne serait-elle qu’un esprit ?

On dira d’abord que l’Église conciliaire n’est qu’un « esprit [7] » libéral et moderniste qui a pénétré l’Église à l’occasion du Concile, comme le répondit Mgr Lefebvre au cardinal Seper qui lui demandait :

Monseigneur, dans une note préliminaire [8] à une lettre adressée au Saint-Père, vous avez écrit : « Qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’un différend entre Monseigneur Lefebvre et le pape Paul VI, il s’agit de l’incompatibilité radicale entre l’Église catholique et l’Église conciliaire, la messe de Paul VI représentant le programme de l’Église conciliaire. » Cette idée se trouve explicitée dans l’homélie prononcée le 29 juin précédent durant la messe d’ordination à Écône : « Cette nouvelle messe est un symbole, est une expression, est une image d’une foi nouvelle, une foi moderniste […]. Or il est évident que ce rite nouveau est sous-tendu, si je puis dire, suppose une autre conception de la foi catholique, une autre religion… » Doit-on conclure de ces affirmations que, selon vous, le pape, en promulguant et en imposant le nouvel Ordo Missæ, et l’ensemble des évêques qui l’ont reçu, ont instauré et rassemblé autour d’eux visiblement une nouvelle Église « conciliaire » radicalement incompatible avec l’Église catholique [9] ?

Minimisant la portée de ses propos, l’archevêque répond :

J’observe tout d’abord que l’expression de « l’Église conciliaire » n’est pas de moi, mais de S.E. Mgr Benelli, qui, dans une lettre officielle, demandait que nos prêtres et nos séminaristes se soumettent à « l’Église conciliaire ». Je considère qu’un esprit de tendance moderniste et protestante se manifeste dans la conception de la nouvelle messe et d’ailleurs de toute la réforme liturgique [10].

Nous estimons que la reculade stratégique du prélat d’Écône est parfaitement justifiée par les circonstances, celles d’un procès que lui intente le Saint-Office et qui peut mener à sa condamnation ; en outre les explications qu’il lui aurait fallu fournir à l’appui de son idée de l’existence d’une société parallèle et organisée appelée Église conciliaire auraient requis trop de documents et de faits à citer et à organiser dialectiquement dans les limites de brèves réponses à donner à un interrogatoire. Nous ne pouvons arguer de sa réponse évasive que Mgr Lefebvre ait réduit réellement l’Église conciliaire à un « esprit ».

L’Église conciliaire ne serait-elle qu’une infirmité ?

Mais, dira-t-on, Mgr Lefebvre n’a-t-il pas évoqué plusieurs fois une simple débilité qui affecte le corps de l’Église, une sorte de « sida spirituel », comme il le disait, qui affaiblit la capacité de résistance de l’Église aux contaminations ? – Nous répondons que l’un n’empêche pas l’autre. Les effets de l’Église conciliaire sur l’Église catholique sont en effet d’abord un empoisonnement, une paralysie et donc un affaiblissement de l’Église catholique face à ses ennemis. C’est ce qu’explique Mgr Lefebvre au même cardinal Seper dans une lettre précédant son interrogatoire :

Il y a dans ce monde des forces ennemies de Notre-Seigneur, de son règne. Satan et tous les auxiliaires de Satan, conscients ou inconscients, refusent ce règne, cette voie de salut et militent pour la destruction de l’Église. Ainsi l’Église est engagée par son divin Fondateur dans un gigantesque combat. Tous les moyens ont été et sont employés par Satan pour triompher. L’un des derniers stratagèmes extrêmement efficace est de ruiner l’esprit combatif de l’Église en la persuadant qu’il n’y a plus d’ennemis, qu’il faut donc déposer les armes et entrer dans un dialogue de paix et d’entente. Cette trêve fallacieuse permettra à l’ennemi de pénétrer partout et de corrompre les forces adverses. Cette trêve est l’œcuménisme libéral, instrument diabolique de l’autodestruction de l’Église. Cet œcuménisme libéral exigera la neutralisation des armes qui sont la liturgie avec le Sacrifice de la messe, les sacrements, le bréviaire, les fêtes liturgiques, la neutralisation et l’arrêt des séminaires…

Il est évident que la débilité ou le « sida » de l’Église face à ses ennemis n’est pas une simple diminution maladive de l’esprit de combat, mais qu’elle n’est que le résultat de stratagèmes ourdis par des membres influents de l’Église relayés par une partie de la hiérarchie et soutenus par des papes eux-mêmes, victimes de leur libéralisme, mais acteurs conscients et consentants de cet œcuménisme libéral, un œcuménisme reçu avec faveur par une grande partie des catholiques séduits par les facilités offertes par cette sorte de nouvelle religion. Tout cet ensemble est précisément ce que nous avons défini comme étant l’Église conciliaire.

Mais si l’on tient malgré tout à accuser une pure maladie de l’Église, alors l’image d’un cancer serait plus réaliste : la maladie conciliaire n’est-elle pas le parasitage et la colonisation des tissus sains de l’Église par un virus qui en provoque la prolifération anarchique ? Il faudrait alors s’interroger sur l’existence et la nature de l’agent viral.

L’appartenance de membres ou d’adhérents à l’Église conciliaire est-elle douteuse ?

D’autre part, si l’on accepte l’image d’une société, contrefaçon d’Église, tout en voulant éviter d’affirmer son existence, on pourrait réduire l’appartenance de la plupart de ses membres à une appartenance purement matérielle, du fait que la majorité suit le mouvement par conformisme, sans connaître ou partager les buts de l’Église conciliaire, laquelle serait presque dépourvue de membres réels et réduite à l’état de fantôme en ce qui concerne les membres, et de squelette en ce qui regarde la hiérarchie. L’état vraiment squelettique de l’Église conciliaire confirmerait l’hypothèse. On devrait en outre minimiser encore l’appartenance à cette dernière en considérant que le lien qui unit ses membres n’a rien de la solidité de la vertu théologale de la foi catholique, qui est toute surnaturelle par son objet, son motif et sa fin : elle fait « croire à Dieu, croire Dieu et croire en Dieu [11]. » Car si beaucoup de conciliaires approuvent la tentative de conciliation entre la religion du Dieu fait homme et la religion de l’homme tout court, sur la base commune de la dignité de la personne humaine, ils ne perçoivent pas l’équivoque du principe de cette conciliation énoncé par le Concile dans Gaudium et spes : « Croyants et incroyants sont généralement d’accord sur ce point : tout sur terre doit être ordonné à l’homme comme à son centre et à son sommet [12]. » L’Église catholique précise en effet avec saint Ignace de Loyola : « Et les choses qui sont sur la terre sont créées à cause de l’homme, pour l’aider à faire son salut », ce qui est une tout autre fin ! En comparaison de la communion des saints, fruit de la foi catholique et de la charité théologale, quelle communion peut fonder entre les conciliaires le mélange de principes si diamétralement opposés ? Nous l’appellerons, avec Anne-Catherine Emmerich, la communion des profanes ou la communion des anti-saints [13].

Du reste, à l’équivoque de sa forme, l’Église conciliaire joint l’ambiguïté de sa fin : « l’unité du genre humain », par essence terrestre et naturelle, « dans le Christ », instrumentalisant Notre Seigneur au service d’une idée platonicienne : demain, par un coup de baguette magique, sans effort, sans conversion du monde, « l’Église sera le genre humain » ! L’Église n’a plus besoin d’être missionnaire, il lui suffit de se présenter au monde, d’être médiatique. Les incessants voyages publicitaires de Jean-Paul II illustrent la réalité de ce que le père Julio Meinvielle décrivait déjà en 1970 comme « l’Église de la publicité » :

Cette Église de la publicité magnifiée dans la propagande, avec des évêques, des prêtres et des théologiens publicisés, peut être gagnée à l’ennemi et se changer d’Église catholique en Église gnostique, [face à] l’autre, l’Église du silence, avec un pape fidèle à Jésus-Christ dans son enseignement et avec quelques prêtres, évêques et fidèles qui lui soient attachés, éparpillés comme le pusillus grex par toute la terre [14].

Hélas, le pape fidèle a jusqu’ici manqué à ce pusillus grex ! Les papes postconciliaires, élus papes de l’Église catholique, ont été surtout papes de l’Église de la publicité !

De tout ce que nous venons de considérer, il appert que l’Église conciliaire n’est pas seulement une maladie, ni une théorie, mais qu’elle est une association de hiérarques catholiques qui, inspirés par des penseurs libéraux et modernistes, veulent, dans des fins mondialistes, réaliser un nouveau type d’Église, avec de nombreux prêtres et fidèles catholiques qui sont plus ou moins gagnés par cet idéal. Elle n’est pas une pure association de victimes. Formellement considérée, l’Église conciliaire est une secte qui occupe l’Église catholique. Elle a ses fauteurs et acteurs organisés comme les eut le modernisme condamné par saint Pie X, qu’il faut citer :

La secte moderniste est-elle morte ?

Les artisans d’erreur, il n’y a pas à les chercher aujourd’hui parmi les ennemis déclarés, ils se cachent, et c’est un sujet d’appréhension et d’angoisse très vive, dans le sein même et au cœur de l’Église, ennemis d’autant plus redoutables qu’ils le sont moins ouvertement. Nous parlons, Vénérables frères, d’un grand nombre de catholiques laïques et, ce qui est encore plus à déplorer, de prêtres qui, sous couleur d’amour de l’Église, absolument courts de philosophie et de théologie sérieuses, imprégnés au contraire jusqu’aux moelles d’un venin d’erreur puisé chez les adversaires de la foi catholique, se posent, au mépris de toute modestie, comme rénovateurs de l’Église ; qui, en phalanges serrées, donnent audacieusement l’assaut à tout ce qu’il y a de plus sacré dans l’œuvre de Jésus-Christ, sans respecter sa propre personne, qu’ils abaissent, par une témérité sacrilège, jusqu’à la simple et pure humanité. […] Le danger est aujourd’hui presque aux entrailles mêmes et au veines de l’Église, leurs coups sont d’autant plus sûrs qu’ils savent mieux où la frapper. Ajoutez que ce n’est pas aux rameaux ou aux rejetons qu’ils ont mis la cognée, mais à la racine même, c’est-à-dire à la foi et à ses fibres les plus profondes. Puis, cette racine d’immortelle vie une fois tranchée, ils se donnent la tâche de faire circuler le virus dans tout l’arbre. […] Que ne mettent-ils pas en œuvre pour se créer de nouveaux partisans ! Il s’emparent des chaires dans les séminaires, dans les universités et les transforment en chaires de pestilence [15]…

Cinquante ans vont passer ; malgré Pascendi de saint Pie X en 1907 et Humani generis de Pie XII en 1950, la secte des modernistes va monter à l’assaut des postes d’influence dans l’Église et, à l’occasion du concile Vatican II, va imposer à l’Église et présenter au monde le nouveau type d’Église que nous avons décrit par sa forme et sa fin, et cette secte va , par le magistère et les réformes des papes se réclamant du Concile, mettre en œuvre ce nouveau système d’Église. Les rôles de Paul VI, le pape libéral et contradictoire, et celui de Jean-Paul II, le pape philosophe et œcuménique, sont indéniables dans l’établissement de ce qui est l’Église conciliaire, avec sa hiérarchie qui, à de rarissimes exceptions, est exactement celle de l’Église catholique.

L’Église conciliaire, ouvrage d’un plan maçonnique

Qu’on nous permette un regard en arrière, quelque cent trente ans avant le concile ; une telle rétrospective nous fera comprendre que l’établissement de l’Église conciliaire est le fruit d’un plan ourdi par la franc-maçonnerie, laquelle n’osait même pas croire à l’accomplissement de ses desseins. Citons des extraits des correspondances internes des Carbonari, francs-maçons italiens du 19e siècle, publiées par les papes Grégoire XVI et Pie IX :

Ce que nous devons demander, ce que nous devons chercher et attendre comme les juifs attendent le Messie, c’est un pape selon nos besoins. […] Vous voulez établir que le clergé marche sous vos étendards en croyant marcher sous les bannières apostoliques. […] Vous aurez prêché une révolution en tiare et en chape, marchant avec la croix et la bannière, une révolution qui n’aura besoin que d’être un tout petit peu aiguillonnée pour mettre le feu aux quatre coins du monde.

Voilà encore un extrait d’une lettre de Nubius à Volpe (noms codés pour garder le secret qui est de règle en franc-maçonnerie), du 3 avril 1824 :

On a chargé vos épaules d’un lourd fardeau, cher Volpe. Nous devons faire l’éducation immorale de l’Église et arriver, par de petits moyens bien gradués, au triomphe de l’idée révolutionnaire par un pape. Dans ce projet qui m’a toujours semblé un calcul surhumain, nous marchons encore en tâtonnant.

Le triomphe de l’idée révolutionnaire par un pape, c’est vraiment l’attentat suprême, comme le dit Mgr Lefebvre en citant ces documents dans son livre Ils l’ont découronné [16] et en les commentant ainsi :

Calcul surhumain, dit Nubius ; il veut dire calcul diabolique ! Car c’est calculer la subversion de l’Église par son chef lui-même, ce que Mgr Delassus appelle l’attentat suprême, parce que l’on ne peut imaginer rien de plus subversif pour l’Église, qu’un pape gagné aux idées libérales, qu’un pape utilisant le pouvoir des clefs de saint Pierre au service de la Contre-Église ! Or n’est-ce pas ce que nous vivons actuellement, depuis Vatican II, depuis le nouveau Droit canon ? Avec ce faux œcuménisme et cette fausse liberté religieuse promulgués à Vatican II et appliqués par les papes avec une froide persévérance malgré les ruines que cela provoque.

L’Église occupée, statut incontestable de l’Église des cinquante dernières années

Mgr Lefebvre disait encore :

A quelle Église avons-nous affaire ? Si j’ai affaire à l’Église catholique, ou si j’ai affaire à une autre Église, à une Contre-Église [17], à une contrefaçon de l’Église ? Or je crois, sincèrement, que nous avons affaire à une contrefaçon de l’Église et non pas à l’Église catholique. Ils n’enseignent plus la foi catholique. Ils enseignent autre chose, ils entraînent l’Église dans autre chose que l’Église catholique. Ce n’est plus l’Église catholique. Ils sont assis sur le siège de leurs prédécesseurs…, mais ils ne continuent pas leurs prédécesseurs. Ils n’ont plus la même foi, ni la même doctrine, ni la même morale que leurs prédécesseurs. Alors ce n’est plus possible. Et principalement, leur grande erreur, c’est l’œcuménisme. Ils enseignent un œcuménisme qui est contraire à la foi catholique. […] L’Église est occupée par cette Contre-Église que nous connaissons bien et que les papes [18] connaissent parfaitement, et que les papes ont condamnée tout au long des siècles : depuis maintenant bientôt quatre siècles, l’Église ne cesse de condamner cette Contre-Église qui est née avec le protestantisme surtout, qui s’est développée avec le protestantisme, et qui est à l’origine de toutes les erreurs modernes, qui a détruit toute la philosophie, et qui nous a entraînés dans toutes les erreurs que nous connaissons, que les papes ont condamnées : libéralisme, socialisme, communisme, modernisme, sillonnisme [19]. Nous en mourons. Les papes ont tout fait pour condamner cela, et voilà que maintenant ceux qui sont sur les sièges de ceux qui ont condamné cela sont d’accord avec ce libéralisme et cet œcuménisme. Alors on ne peut accepter cela. Et plus les choses s’éclairent, plus nous nous apercevons que ce programme, […] toutes ces erreurs ont été élaborées dans les loges maçonniques [20].

Dans ce que nous appelons l’Église conciliaire, il n’est pas nécessaire que le pape (le pape de l’Église catholique) soit le chef ; il pourrait n’être qu’un exécutant de directives provenant, sinon d’un pouvoir occulte, du moins d’un noyau dirigeant ou de groupuscules de pression de collaborateurs ou de théologiens sous influence maçonnique. Souvenons-nous d’Annibal Bugnini et de son ascendant mystérieux sur le pape Paul VI dans la réforme liturgique. Cet Annibal semble avoir été franc-maçon. Il est notoire que des loges maçonniques ont fonctionné parmi les membres de la Curie du Saint-Siège pendant les pontificats de Paul VI et de Jean-Paul II.

Les papes conciliaires Jean-Paul II et Benoît XVI ont participé activement au Concile, le premier comme Père conciliaire, le second comme expert conciliaire, et l’ont orienté dans le sens de la nouvelle théologie, celle d’une rédemption universelle et d’une foi évolutive. Et ils ont comme papes appliqué ces erreurs. Mais s’ils ont appliqué ce programme conciliaire, rien ne prouve que ce sont eux qui l’ont conçu, et rien n’empêche qu’ils n’aient fait qu’appliquer, consciemment ou non, une politique qui venait d’ailleurs. Les dirigeants de la Haute-Vente, qui préparaient l’avènement d’un pape selon leur dessein, avaient bien précisé qu’ils ne souhaitaient pas que ce pape soit un membre de leur secte [21].

Quoi qu’il en soit de la manière dont s’exerce l’influence de la secte maçonnique sur l’Église conciliaire, cette influence est indéniable.

Appartenance formelle et appartenance matérielle

L’influence de l’esprit maçonnique, ou du moins la pénétration de l’esprit libéral, naturaliste, œcuménique et mondialiste chez les membres de l’Église conciliaire n’est évidemment pas la même chez tous. Parmi les clercs et les religieux, la plupart des évêques, des supérieurs religieux, des professeurs de séminaires et d’universités, ainsi que les prêtres âgés, adhèrent formellement, c’est-à-dire consciemment et de bon gré aux fins précitées, tandis qu’une minorité de jeunes prêtres ou religieux et de séminaristes ne veulent rien entendre du Concile ou ne lui prêtent nulle attention et désirent le retour à la théologie de saint Thomas, à la messe traditionnelle, à la discipline classique et aux vertus chrétiennes. Ces derniers, de cœur, n’appartiennent pas à l’Église conciliaire. Entre ces deux extrêmes, se situe la masse des catholiques, conciliaires par habitude, conformisme ou commodité, comme on l’a dit plus haut, qui ont une appartenance plutôt purement matérielle à l’Église conciliaire. Le flou des limites entre ces catégories n’aide pas à la délimitation claire des deux Églises.

Faut-il concevoir deux Églises matériellement distinctes : la catholique et la conciliaire ?

De ce qui précède, il convient de tirer deux conclusions concernant les rapports entre les deux Églises.

Tout d’abord l’Église conciliaire n’est pas matériellement séparée de l’Église catholique. Elle n’existe pas indépendamment de l’Église catholique. Il y a distinction, certes, entre elles, distinction formelle, sans séparation matérielle absolue. La hiérarchie de l’Église conciliaire coïncide presque exactement avec la hiérarchie de l’Église catholique, les membres de l’Église conciliaire sont tous membres au moins matériellement de l’Église catholique. De même qu’on a pu dire (avec un grain de sel) que le libéralisme est une hérésie catholique, en ce sens qu’elle ne naît qu’au sein de l’Église catholique et qu’elle n’existe et ne se développe qu’aux dépens de l’Église catholique, de même on peut dire que l’Église conciliaire naît de la corruption de l’Église catholique et qu’elle ne peut vivre que de cette corruption, comme un parasite qui ne vit qu’aux dépens de l’organisme parasité, en pompant la substance de son hôte pour construire sa propre substance. Il y a une sorte de transfert de substance, si j’ose dire, de l’une à l’autre, dans un sens évidemment métaphorique et non philosophique. Pour devenir conciliaire, il n’est pas besoin de se séparer de l’Église catholique, il suffit de se laisser corrompre par le poison conciliaire et de laisser absorber sa substance par le parasite conciliaire. Il suffit de pratiquer la messe de la nouvelle religion et d’adhérer, formellement ou matériellement, à l’œcuménisme libéral qui en est la forme.

D’autre part, l’Église conciliaire ne coïncide pas nécessairement avec l’Église catholique, ni dans ses chefs ni dans ses membres. Les chefs de l’une ne sont pas toujours les chefs de l’autre. Les membres de la première peuvent, par l’hérésie, avoir cessé d’être membres de la seconde, mais ce n’est pas nécessaire. L’Église catholique est la seule vraie Église, la seule Église fondée par Notre Seigneur Jésus-Christ. Mais cela n’empêche pas l’Église conciliaire d’être une réalité sociale : pas seulement un parti, mais une contrefaçon d’Église, menée par une secte de dirigeants, une secte ayant son système ou idéologie qui est la forme de cette Église conciliaire, et qui la manœuvre à ses fins, avec ses relais et avec ses exécutants, et qui groupe une vaste partie de la hiérarchie et des fidèles catholiques plus ou moins conscients et consentants au détournement diamétral qu’elle opère. C’est en ce sens que le père Calmel a pu parler de « l’Église des pirates » ; cette métaphore dit tout.

« Cette Église conciliaire est une Église schismatique ! »

En 1971, soit plus de cinq ans avant « l’Église conciliaire » de Mgr Benelli, ce même père Calmel dénonçait, dans la revue Itinéraires, la « nouvelle Église que Vatican II a essayé de montrer », « la nouvelle Église post-vaticanesque », et s’expliquait :

La fausse Église qui se montre parmi nous depuis le curieux concile de Vatican II, s’écarte sensiblement, d’année en année de l’Église fondée par Jésus-Christ. La fausse Église post-conciliaire se contredivise de plus en plus à la sainte Église qui sauve les âmes depuis vingt siècles (et par surcroît illumine et soutient la cité). La pseudo-Église en construction se contredivise de plus en plus à l’Église vraie, à la seule Église du Christ, par les innovations les plus étranges tant dans la constitution hiérarchique que dans l’enseignement et les mœurs [22].

Les expressions « fausse Église », « pseudo-Église » sont très fortes. Et le verbe « se contrediviser » indique une mutation formelle d’une partie de l’Église, partie qui s’arrache à la mouvance catholique pour aller divaguer formellement hors d’elle. Le père Calmel était véritablement prophète. C’est seulement cinq ans et demi plus tard, après avoir reçu la fameuse lettre de Mgr Benelli et avoir été frappé par Paul VI d’une suspens a divinis, que Mgr Lefebvre affirmait avec plus de force encore à ses amis l’existence de cette « Église conciliaire », la qualifiant de « schismatique » :

Quoi de plus clair ! Désormais c’est à l’Église conciliaire qu’il faut obéir et être fidèle, et non plus à l’Église catholique. C’est précisément tout notre problème. Nous sommes suspens a divinis par l’Église conciliaire et pour l’Église conciliaire, dont nous ne voulons pas faire partie. Cette Église conciliaire est une Église schismatique, parce qu’elle rompt avec l’Église catholique de toujours. Elle a ses nouveaux dogmes [23], son nouveau sacerdoce [24], ses nouvelles institutions [25], son nouveau culte [26], déjà condamnés par l’Église en maints documents officiels et définitifs. C’est pourquoi les fondateurs de l’Église conciliaire insistent tant sur l’obéissance à l’Église d’aujourd’hui, faisant abstraction de l’Église d’hier, comme si celle-ci n’existait plus. […] L’Église qui affirme de pareilles erreurs est à la fois schismatique et hérétique. Cette Église conciliaire n’est donc pas catholique. Dans la mesure où le pape, les évêques, prêtres ou fidèles adhèrent à cette nouvelle Église, ils se séparent de l’Église catholique. L’Église d’aujourd’hui n’est la véritable Église que dans la mesure où elle continue et fait corps avec l’Église d’hier et de toujours. La norme de la foi catholique, c’est la Tradition [27].

Face à l’Église conciliaire, que devient l’Église catholique ?

Mgr Lefebvre semble admettre la transmutation de l’Église catholique en l’Église conciliaire. Que devient l’Église catholique ? – Mgr Lefebvre répond que c’est dans la mesure où, selon le degré avec lequel les chefs et les baptisés adhèrent au nouveau type d’Église, qu’ils constituent une Église nouvelle, caractérisée par ses buts terrestres, humanistes, naturalistes, socialistes, œcuméniques et mondialistes, de telle sorte que cette nouvelle Église se conçoit elle-même comme plus vaste et plus universelle que l’Église catholique. Il faut ajouter la distinction entre l’adhésion exclusive des chefs sectaires à ces fins profanatrices d’une part, et la recherche d’un compromis entre ces fins et la fin catholique d’autre part, un compromis qu’exprime bien le texte conciliaire de Lumen Gentium (§ 1) : « L’Église est dans le Christ en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain. » Cette ambivalence complique singulièrement le problème de la distinction des deux Églises. Le texte de Mgr Lefebvre doit être entendu avec cette précision : c’est dans la mesure où les conciliaires adhèrent exclusivement aux buts profanateurs susdits, qu’ils quittent l’Église catholique. Et de cette mesure, nous ne sommes pas juges. Malgré son style polémique, avec ces précisions, le texte de Mgr Lefebvre est irréprochable. C’est avec la même précision que sa dernière phrase doit être comprise : « L’Église d’aujourd’hui n’est la véritable Église que dans la mesure où elle continue exclusivement et fait corps exclusivement avec l’Église d’hier et de toujours. » Une Église qui convoiterait à la fois un but terrestre et mondialiste et le but surnaturel du salut éternel des âmes, cette Église n’est plus catholique, c’est l’Église conciliaire dans son statut viral atténué et vulgaire [28].

Et à côté de cette Église conciliaire vulgaire, que reste-t-il de l’Église catholique ? Nous répondons que, même réduite au nombre modeste de la partie saine de ses fidèles et peut-être à un seul évêque fidèle, comme pourra l’être, selon le père Emmanuel, l’Église de la fin des temps, l’Église catholique reste l’Église catholique.

Comment l’Église conciliaire a été canonisée

Six ans vont encore passer, et la promulgation par Jean-Paul II d’un nouveau code de Droit canon va justifier les vues de l’archevêque sur cette Église conciliaire. Dans sa constitution apostolique, le pape déclare clairement imposer à l’Église « une nouvelle ecclésiologie » :

[Ce] code […] a mis en acte l’esprit du Concile dont les documents présentent l’Église, « sacrement universel du salut », comme le peuple de Dieu, et où sa constitution hiérarchique apparaît fondée sur le collège des évêques uni à son chef. […] En un certain sens, on pourrait même voir dans ce code un grand effort pour traduire en langage canonique cette doctrine même de l’ecclésiologie conciliaire. […] Il en résulte que ce qui constitue la nouveauté essentielle du concile Vatican II, dans la continuité avec la tradition législative de l’Église, surtout en ce qui concerne l’ecclésiologie, constitue également la nouveauté du nouveau code. Parmi les éléments qui caractérisent l’image réelle et authentique [29] de l’Église, il nous faut mettre en relief surtout les suivants : la doctrine selon laquelle l’Église se présente comme le peuple de Dieu (Lumen gentium 2) et l’autorité hiérarchique comme service (Lumen gentium 3) ; la doctrine qui montre l’Église comme une communion et qui par conséquent indique quelles sortes de relations doivent exister entre les Églises particulières et l’Église universelle et entre la collégialité et la primauté ; la doctrine selon laquelle tous les membres du peuple de Dieu, chacun selon sa modalité, participent à la triple fonction du Christ : les fonctions sacerdotale, prophétique et royale. A cette doctrine se rattache celle concernant les devoirs et les droits des fidèles et en particulier des laïcs ; et enfin l’engagement de l’Église dans l’œcuménisme [30].

Ce tableau de l’Église conciliaire montre la ruine qu’elle opère de l’exercice personnel de l’autorité reçue de Dieu, l’abaissement de la hiérarchie au profit de la base ; l’omission volontaire de la nécessité de l’appartenance à l’Église catholique pour être sauvé ; la réduction du sacerdoce et de l’identité sacerdotale noyés dans le sacerdoce commun des baptisés ; l’aspiration à une unité universelle plus vaste que celle de l’Église catholique. Voilà ce que nous appelions la forme de cette société qu’est l’Église conciliaire. Plutôt que société, il faut l’appeler dissociété, c’est-à-dire la ruine résultant de la dissolution de cette société divine et humaine qu’est l’Église catholique, ou mieux : si l’on peut dire, la désagrégation érigée en principe de nouvelle congrégation. N’est-ce pas évoquer le mot d’ordre de la révolution, « Solve, coagula » : d’abord dissoudre ce qui existe, puis réunir les morceaux sous un autre chef, selon un nouveau principe ? Et cette dissociété qu’est l’Église conciliaire existe ; le pape, la quasi-totalité de la hiérarchie catholique, la masse consciente ou non des baptisés catholiques en sont les membres, formels ou matériels.

Cependant, cette dissociété vouée à l’autodestruction se « tient » par la force de ses agents. Dans le coagula, il y a un pacte des fauteurs de cette dissociété : il faut exiger de tous l’adhésion au Concile et aux réformes conciliaires, de telle manière que ceux qui ne l’acceptent pas sont « hors de la communion » ou « hors de la pleine communion » avec l’Église conciliaire. Cette Église conciliaire se maintient donc par la crainte et la violence ; l’Église catholique, elle, se maintient par la foi et la charité.

Les méthodes par lesquelles subsiste l’Église conciliaire

Vouée à l’autodémolition, l’Église conciliaire n’en subsiste pas moins vigoureusement. En quoi consiste sa ténacité ? En ce que sa hiérarchie use de tout le pouvoir de la hiérarchie catholique qu’elle occupe, détient et dévoie.

Depuis l’instauration de la messe de Paul VI, elle a continuellement persécuté les prêtres fidèles à la vraie messe, au vrai catéchisme, à la vraie discipline sacramentelle, et les religieux fidèles à leur règle et à leurs vœux. Nombreux sont les prêtres qui sont morts de chagrin de devoir, par obéissance, croyaient-ils, adopter les nouveaux rites et usages. Nombreux aussi sont ceux qui sont morts dans l’ostracisme, la relégation canonique et psychologique, mais heureux de porter un témoignage inflexible au rite catholique, à la foi intègre, au Christ-Roi. Les menaces, la crainte, les censures et autres punitions ne les ont pas ébranlés. Mais hélas, combien sont ceux qui ont cédé à ces méthodes de violence, au chantage de la « désobéissance » et de la destitution exercé sur eux par leurs supérieurs. C’est là qu’on touche du doigt la malice libérale de ces chefs : ne dit-on pas à raison qu’il n’y pas plus sectaire qu’un libéral ? N’ayant pas de principes pour faire régner l’ordre, ils font régner un régime de soumission par la terreur.

La malice de la hiérarchie conciliaire est achevée par l’usage qu’elle fait du mensonge et de l’équivoque. Ainsi le motu proprio du pape Benoît XVI déclarant que la messe traditionnelle n’a jamais été supprimée et que sa célébration est libre, assortit cette liberté de conditions contraires à cette dernière, et va jusqu’à qualifier la messe authentique et sa contrefaçon moderniste de « formes extraordinaire et ordinaire du même rite romain ».

Le mensonge se poursuit dans la soi-disant « levée » des excommunications, soi-disant encourues par les quatre évêques consacrés par S. E. Mgr Lefebvre en 1988, comme si elles avaient été réellement encourues.

Mais, par un surprenant contraste, la hiérarchie conciliaire n’a jamais été capable de faire respecter le cinquième commandement de Dieu, « Tu ne tueras pas », qui ne fut guère prêché par les évêques : les pays naguère catholiques sont ceux où l’avortement est le plus en cours ; et l’encyclique Humanæ vitæ du pape Paul VI n’a guère été relayée par les évêques, si bien que la pilule anticonceptionnelle est d’usage courant chez la plupart des jeunes filles et des femmes dans l’Église catholique. Les mœurs immondes du monde actuel ne sont que le débordement du vice auquel la hiérarchie conciliaire n’a su opposer aucun obstacle. Cette Église conciliaire attire dans sa pseudo-communion une masse de chrétiens vivant en réalité dans le péché et le paganisme pratique.

Ne pas appartenir à l’Église conciliaire est une grâce et un témoignage providentiel

Bienheureux ceux qui ne sont pas de cette « communion des profanes », qui en sont providentiellement exclus ou sont menacés d’en être exclus ! Heureuse relégation ou déréliction ! La vocation de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, depuis son érection par l’Église catholique en 1970 et le décret de louange qui l’a honorée en 1971, n’a jamais été de recevoir les bénédictions et reconnaissances de cette Église conciliaire ! Il était sans doute nécessaire que cette société sacerdotale, avec toute la famille de la Tradition, fût comme le flambeau allumé et qu’on ne met pas sous le boisseau conciliaire, mais sur le chandelier du pilori, afin qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison de Dieu. Il était probablement préférable, selon les voies de la Providence, que cette partie saine de l’Église, devenue, comme le divin Maître, pierre de scandale, pierre rejetée par les bâtisseurs de la dissociété ecclésiale conciliaire, devienne la pierre angulaire et la clé de voûte [31] de la cathédrale catholique indestructible. Notre témoignage inflexible envers la vraie Église de Jésus-Christ, envers le sacerdoce et la royauté du Christ prêtre et roi exige sans doute, de la part de l’Église conciliaire, l’exclusion et l’ostracisme prononcés contre nous et ce que nous représentons. Mais de même que saint Joseph dans son exil d’Égypte portait l’Enfant Jésus et sa divine Mère, qui constituaient le germe de l’Église, de même, dans son exil, la famille de la Tradition porte l’Église en elle, sans avoir sans doute l’exclusive de cette glorieuse fonction, mais en en ayant la moelle et le cœur, l’intégrité et l’incorruption. Elle porte par conséquent en elle le pontife romain, en qui le successeur de Pierre se libérera un jour d’une longue captivité [32] et sortira du somme de ses grandes illusions, pour proclamer comme jadis le premier pape à Césarée de Philippe à l’adresse de son Maître : « Tu es Christus, Filius Dei vivi ! »

Dès lors, si nous sommes compliqués, nous regretterons d’être privés de la communion conciliaire ou de son apparence de communion ecclésiale et nous serons malheureux et inquiets, sans cesse en quête d’une solution. Si en revanche nous avons une foi et une simplicité d’enfant, nous chercherons simplement quel témoignage rendre à la foi catholique. Et nous trouverons : c’est d’abord le témoignage de notre existence, de notre permanence, de notre stabilité, avec celui de notre profession de foi catholique intégrale et de notre refus des erreurs et des réformes conciliaires. Un témoignage est absolu. Si je rends témoignage à la messe catholique, au Christ Roi, il faut que je m’abstienne des messes et des doctrines conciliaires. C’est comme le grain d’encens aux idoles : c’est un seul grain ou pas du tout. Donc c’est « pas du tout [33] ». Et puis ce témoignage, c’est aussi la persécution, c’est normal de la part des ennemis de cette foi, qui veulent réduire notre opposition diamétrale à la nouvelle religion, et aussi longtemps qu’il plaira à Dieu qu’ils persévèrent dans leurs desseins pervers. N’est-ce pas Dieu lui-même qui pose cette inimitié entre l’engeance du diable et les fils de Marie ? Inimicitias ponam [34] !

Alors, dès que, dans le recueillement de l’oraison, on a perçu cette vocation propre qui est la nôtre, adaptée par Dieu à la crise actuelle, on y acquiesce en parfaite droiture et grande paix : droiture incapable d’avoir une quelconque complicité avec l’ennemi, paix sans amertume. On y court, on y bondit et on s’écrie comme sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, « Dans l’Église ma Mère, j’ai trouvé ma vocation ! » Et on demande à la sainte magnanime : « Obtenez-moi la grâce d’avoir dans l’Église et pour l’Église une âme de martyr ou au moins de confesseur de la foi ! »

[1]  — Nommé archevêque de Florence et créé cardinal en 1977.

[2]  — Voir notamment Le Sel de la terre 1, p. 25-38 (Frère Pierre-Marie, « Ecclésiologie comparée »), p. 114-118 ; Le Sel de la terre 34, p. 248 ; Le Sel de la terre 45, p. 36-41 ; Le Sel de la terre 59 (Hiver 2006-2007), éditorial : « Une hiérarchie pour deux Églises. »

[3]  — Concile Vatican II, Lumen gentium, 1.

[4]  — Le nouveau code de 1983 limite la suppléance à celle du pouvoir exécutif.

[5]  — Dans Gaudium et spes (11, 2), le concile Vatican II déclare avoir l’intention primordiale d’introduire et d’assimiler dans la doctrine catholique les valeurs libérales ; cette opération ne peut bénéficier de l’assistance du Saint-Esprit et elle est contraire à l’objet du magistère qui est de « garder saintement et d’exposer fidèlement » le dépôt de la foi.

[6]  — Exténuer au sens originel de réduire à l’extrême.

[7]  — Réponse de Mgr Lefebvre au cardinal Seper l’interrogeant sur sa lettre dénonçant l’Église conciliaire.

[8]  — Note du 12 juillet 1976.

[9]  — Interrogatoire de Mgr Lefebvre par le cardinal Seper, Préfet de la SCDF, 11 janvier 1979, dans Mgr Lefebvre et le Saint-Office, revue Itinéraires, n°233, mai 1979, p. 144-145.

[10] — Ibid.

[11] — Saint Thomas d’Aquin, II-II, q. 2, a. 2.

[12] — Concile Vatican II, Gaudium et spes, 12, 1.

[13] — Dans ses visions des derniers temps de l’Église, elle voit d’un côté les démolisseurs de la basilique Saint-Pierre, qui ôtent les pierres, et de l’autre les rebâtisseurs. A la fin, les démolisseurs cessent leur œuvre de destruction, et vient la réconciliation.

[14] — P. J. Meinvielle, De la Cabala al progressismo, 2e éd., Buenos Aires, 1994, p. 363-364.

[15] — Saint Pie X, Encyclique Pascendi, 8 septembre 1907, in initio. Voir aussi : « Aucun évêque n’ignore, croyons-Nous, qu’une race très pernicieuse d’hommes, les modernistes, même après que l’encyclique Pascendi dominici gregis (8 septembre 1907) eut levé le masque dont ils se couvraient, n’ont pas abandonné leurs desseins de troubler la paix de l’Église. Ils n’ont pas cessé, en effet, de rechercher et de grouper en une association secrète de nouveaux adeptes, et d’inoculer avec eux, dans les veines de la société chrétienne, le poison de leurs opinions, par la publication de livres et de brochures dont ils taisent ou dissimulent les noms des auteurs. » Motu proprio Sacrorum antistitum du 1er septembre 1910, éditions de la Documentation Catholique, Paris, t. 5, p. 141.

[16] — Mgr Marcel Lefebvre, Ils l’ont découronné, 2e éd., Escurolles, Fideliter, 1987, p. 148.

[17] — Par Contre-Église, il faut entendre non pas l’Église conciliaire elle-même, mais la secte maçonnique et toutes les sectes qui l’ont précédée dans le même esprit gnostique et antichrist ; ainsi que la secte moderniste, dont la doctrine est aussi une gnose : une réinterprétation naturaliste de la foi catholique.

[18] — Les papes qui ont vu clair.

[19] — Le mouvement de Marc Sangnier en France au début du 20e siècle, pour faire de l’Église l’animatrice de la démocratie, et que saint Pie X condamna par son encyclique Notre charge apostolique.

[20] — Conférence spirituelle, Écône, 21 juin 1978 ; voir Le Sel de la terre 50, p. 244.

[21] — « Ce serait un rêve ridicule, et de quelque manière que tournent les événements, que des cardinaux ou des prélats, par exemple, soient entrés de plein gré ou par surprise dans une partie de nos secrets, ce n’est pas du tout un motif pour désirer leur élévation au siège de Pierre. Cette élévation nous perdrait. L’ambition seule les aurait conduits à l’apostasie, les besoins du pouvoir les forceraient à nous immoler ; ce que nous devons demander, ce que nous devons chercher et attendre, comme les juifs attendent le Messie, c’est un pape selon nos besoins… » (Instruction de la Haute Vente datant de 1819).

[22] — P. Roger-Thomas Calmel o.p., « Autorité et sainteté dans l’Église», Itinéraires 149 (janvier 1971), p. 13-19 ; reproduit dans Le Sel de la terre 40, p. 77 et 85-87.

[23] — La dignité de la personne humaine.

[24] — Le sacerdoce commun des baptisés.

[25] — Institutions collégiales : synode épiscopal, conseil épiscopal, conseil paroissial…

[26] — La nouvelle messe, qui n’apparaît plus comme le sacrement de la Passion du Christ.

[27] — Mgr Marcel Lefebvre, lettre manuscrite et photocopiée, du 29 juillet 1976, à ses amis ; reproduite dans Le Sel de la terre 36, p. 10.

[28] — Remarquons que dans les faits, les enseignements concernant le but surnaturel du salut éternel des âmes (par exemple le Credo de Paul VI ou son encyclique Humanæ vitæ) restent lettre morte à cause du libéralisme des évêques et de la manque de volonté du pape d’appliquer la doctrine catholique.

[29] — Notons la prétention du nouveau code de présenter de l’Église son « image réelle » (sic), qu’elle avait sans doute ignorée ou dissimulée jusqu’alors, une « image », un modèle d’Église qui est d’autre part « une nouveauté essentielle » ! L’incohérence le dispute à l’audace.

[30] — Jean-Paul II, Constitution apostolique Sacræ disciplinæ leges, 25 janvier 1983.

[31] — Voir 1 Pe 2, 6-8.

[32] — « Et voici qu’un ange du Seigneur apparut, et une lumière brilla dans l’appartement ; et l’ange, touchant Pierre au côté, l’éveilla, en disant : Lève-toi vite (Surge velociter). Et les chaînes tombèrent de ses mains » Ac 12, 7.

[33] — Cf. P. Roger-Thomas Calmel o.p., Retraite de Semaine Sainte 1974 prêchée aux séminaristes d’Écône, 7 avril 1974, 18h, selon les notes d’un retraitant.

[34] — « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et la sienne. Elle te brisera la tête, et tu tâcheras de la mordre par le talon » 



mardi 3 octobre 2017

De l'usage du Concile Vatican II comme citation



Abbé Nicolas Jaquemet +, prêtre de la FSSPX
La Sainte Ampoule n° 228 de novembre 2014

Monseigneur Lefebvre, devant les textes du concile Vatican II, a toujours affirmé qu'il fallait distinguer trois sortes de textes. Les uns sont catholiques, fidèles à la doctrine traditionnelle de l'Eglise. D'autres textes sont ambigus et donc susceptibles d'interprétations diverses et variées, jusqu'à contredire la Tradition. Enfin, certains sont très mauvais, totalement contraires au magistère de l'Eglise transmis par les Papes précédents ce concile.

Devant cette constatation, nous est-il quand même permis de tirer quelques citations orthodoxes des documents conciliaires, afin d'étayer articles, conférences, sermons, ouvrages ? Peut-on invoquer sans restriction les passages conformes à la saine doctrine présents dans les textes de ce concile ? Peut-on citer les passages ambigus de ce concile en les interprétant à la lumière de la Tradition ? Bref, peut-on mentionner les textes de ce concile dans notre enseignement ? Ces mêmes questions peuvent s'incarner dans les membres de la Fraternité Saint-Pie X : pourquoi son fondateur, ses Évêques et ses prêtres ne citent-ils jamais le magistère orthodoxe conciliaire ou post-conciliaire ?

Il faut tout d'abord considérer le problème que pose le mélange de la vérité et de l'erreur dans un même document.

Pour répondre à cette problématique, citons d'abord Saint Denis nous donnant ce principe : 
« Le bien procède d'une cause complète, mais le mal vient de défauts particuliers. » (1)

Appliquons ce principe à la vertu théologale de foi. La foi, comme toute vertu théologale, possède un objet matériel et un objet formel. Son objet matériel est l'ensemble des vérités révélées par Dieu. Son objet formel est l'autorité de Dieu Révélant. 

« Il en est de même pour la foi, son objet formel n'est autre chose que la Vérité première (Dieu). Car la foi, telle que nous l'envisageons, n'adhère à une vérité, que par-ce que Dieu l'a révélée aux hommes ; par conséquent la vérité divine est comme le motif qui détermine son adhésion. » (2)

Or l'hérésiarque, en refusant un seul article de foi, refuse de ce fait l'autorité de Dieu et perd, du même coup la première des vertus théologales. En croyant à onze articles du Credo, mais refusant le douzième, le motif de son adhésion n'est plus l'autorité de Dieu, mais la sienne. Ainsi, quand un hérétique enseigne une vérité de foi, cet enseignement de la foi n'est vrai que matériellement parce que motivé par sa propre autorité et non celle de Dieu. Alors nous ne pouvons utiliser, même quand il dit vrai, les propos d'un hérétique.

Le principe de Saint Denis, cité plus haut, peut aussi s'appliquer dans l'ordre de la morale. Ainsi, en morale, plus de choses sont requises pour faire le bien que pour faire la mal. Une action sera donc bonne, parce que son objet sera bon, mais aussi parce que toutes les circonstances de cet acte seront bonnes. A contrario, il suffira qu'une circonstance soit mauvaise, par exemple l'intention, ou le temps, ou le lieu, pour que l'acte soit moralement mauvais. Prendre son repas dans sa salle à manger, n'a rien d'immoral. En revanche, manger un sandwich dans une église est un péché contre la vertu de religion.

Ainsi, que ce soit dans l'ordre de la foi ou de la morale, nous voyons un principe unificateur qui fait que l'acte de foi est vrai, et que cet acte moral est bon.

Maintenant, comment Notre-Seigneur Jésus-Christ agissait-Il devant un discours où erreurs et vérités se mélangeaient ? Quelle attitude avait Notre-Seigneur Jésus-Christ quand les démons professaient sa divinité ? Laissons la parole à Saint Thomas d'Aquin lorsqu'il envisage des miracles du Christ : 
« Le Christ n'a pas fait le miracle d'expulser des démons dans leur intérêt, mais dans l'intérêt des hommes afin que ceux-ci Le glorifient. Et c'est pourquoi Il interdisait aux démons de publier ce qui aurait servi à sa propre louange. D'abord, pour nous donner une leçon. Saint Athanase, dans son traité des synodes, dit : "Il empêchait le diable de parler, même pour rendre hommage à la vérité, afin de nous apprendre à ne pas nous fier aux hérétiques, alors même qu'ils paraissent dire des choses vraies ; quand nous avons pour nous les divines Ecritures, devons-nous donc aller demander des lumières au diable ?." C'est dangereux, d'ailleurs, parce que les démons mêlent souvent des mensonges à la vérité. » (3)

La deuxième tentation du démon subie par Notre-Seigneur au désert,(4) est un parfait exemple pour illustrer les propos de Saint Thomas. Le tentateur utilise les versets 11 et 12 du psaume 90 en faussant leur sens. « Les démons mêlent souvent des mensonges à la vérité » (5), parce qu'en effet, l'erreur absolue n'a aucune chance d'être acceptée. Les hérétiques alors mêlent toujours quelques vérités à l'erreur afin de faire accepter cette dernière, et abusent ainsi de la faibles-se de leurs auditeurs. Saint Augustin commentant les versets 11-12 du psaume 90 dit ceci : 

« Quand satan cite la Bible, il ne cherche pas à en éclaircir le sens, mais à l'obscurcir, et même à le fausser. » (6)

Forte de ces principes et à l'exemple de son divin Fondateur, l'Eglise, devant les oeuvres doctrinales des hérésiarques qui jonchent le cours de son histoire aura une attitude bien arrêtée. Il fut un temps béni dans l'Eglise de Dieu durant lequel, pour protéger la foi de ses fidèles, notre Sainte Mère avait établi un index. 

Cet index était une liste de livres étudiés par les théologiens du Saint-Office et condamnés par ce dernier. Le Pape était le préfet de ce Saint-Office, parce que sa première charge est d'enseigner et de protéger la foi. Mais il faut noter que dans le cas de nos hérésiarques, qui choisissent et façonnent leur doctrine à la mesure de leur intelligence, tout n'est pas forcément mauvais. Arius, par exemple, nie la divinité de Jésus-Christ, mais ne nie pas son humanité. Donc, dans les propos de cet individu, tout n'est pas condamnable. Que fait l'Eglise dans un cas semblable ? Plusieurs possibilités Lui sont offertes. Selon les cas de figure, Elle peut soit condamner tous les ouvrages d'un auteur parce que hérétique, soit suspendre quelques ouvrages d'un auteur. Ce fut le cas des Pères Congar, Teilhard de Chardin avant le concile Vatican II. Enfin, le Saint-Office peut mettre à l'index les ouvrages d'un auteur hétérodoxe correspondants à une partie de sa vie. Ici nous pensons à Tertullien, grand auteur et défenseur de la Sainte Eglise, mais tombé dans l'hérésie vers 213. Ainsi l'Eglise, ne distingue pas dans de tels ouvrages ce qui est bon, de ce qui est mauvais. Elle ne condamne pas dans tel écrit, tels chapitres, telles pages, ou tels paragraphes. Non, Elle condamne le livre dans son entier ou tous les ouvrages de tel auteur.

Saint Hilaire de Poitiers, afin d'apprécier à sa juste valeur la nécessité de la clarté des textes formulant la foi catholique, disait en son temps: 

« Pour que l'erreur s'élève jusqu'à la certitude, on ne parle de la vérité qu'en termes ambigus ; on sème partout le doute : il n'y a plus d'unanimité, et le partage des esprits révèle assez la présence de l'anti-christ. De là la lutte des opinions ; de là vient qu'avec la foi en un seul Christ on en prêche deux ; de là vient que l'esprit d'Arius, cet ange des ténèbres, s'est changé en ange de lumière… ». (7) 

Certes, le grand Évêque de Poitiers s'arrête ici sur l'ambiguïté des termes, mais ne pouvons-nous pas étendre et appliquer son commentaire à l'ambiguïté d'un texte ?

Maintenant qu'en est-il pour le concile Vatican II ? Tout d'abord, il faut le réaffirmer, ce concile n'a pas le caractère infaillible d'un concile dogmatique. On ne trouve pas dans ses textes la présence simultanée des quatre notes nécessaires pouvant qualifier ce concile de dogmatique. Monseigneur Lefebvre l'a dit et redit : « Il était alors impossible de définir quoi que ce soit ! ». De plus, en leur temps, les autorités de l'époque l'ont déclaré pastoral (8), donc faillible.

Puis, devant les nouveautés enseignées dans ce concile : la liberté religieuse, la collégialité et l'oecuménisme, Mgr Lefebvre rappelait la grille de lecture permettant de juger ces documents.
« Le critère de la vérité, et d'ailleurs de l'infaillibilité du Pape et de l'Eglise, est sa conformité à la Tradition et au dépôt de la foi. Quod ubique quod semper. Ce qui est enseigné partout et toujours, dans l'espace et dans le temps. S'éloigner de la Tradition c'est s'éloigner de l'Eglise. » (9). 

Ainsi le prélat d'Ecône voit dans ce magistère « Un magistère qui n'est pas fidèle à la Tradition »(10) ; « Un magistère qui détruit ce magistère [de toujours], qui détruit cette Tradition » (11); «Un magistère nouveau ou une conception nouvelle du magistère de l'Eglise, conception qui est d'ailleurs une conception moderniste ».(11) Le Père Calmel (13) y voit un « magistère fuyant »(12). Nous voyons donc qu'il est bien difficile d'accorder à ce magistère une authenticité catholique.

Ensuite, si nous regardons l'ensemble du concile, nous constatons que celui-ci a eu pour principale finalité l'oecuménisme. Ainsi, de près ou de loin, bon nombre de textes ont cette erreur pour lumière, pour leitmotiv. Le concile Vatican II appliqué, c'est d'abord la messe Paul VI, puis Assise I, II et III. D'ailleurs, le maître-mot du concile, me semble-t-il, fut l'égalité : tout d'abord l'égalité des hommes d'Église entre eux, ce fut la collégialité ; puis l'égalité des religions, ce fut l'oecuménisme ; enfin l'égalité des hommes avec Dieu, véritable relent du péché originel au dépend de l'adoration de la créature pour son Créateur, au dépend de la distinction de l'ordre naturel avec l'ordre surnaturel, ce fut la liberté religieuse (14). Du même coup, tous les paragraphes du concile Vatican II, toutes ses phrases ne doivent-ils pas être compris sous ce seul point de vue ? Ainsi le concile, par cet unique principe directeur, par ce fameux « esprit du concile », revêt une unité, devient un tout moral. De ce fait, toute citation orthodoxe conforme à la foi enseignée par l'Eglise, n'est en définitive dans ce concile que matériellement catholique.

Enfin, les fruits, pour qui veut les voir, ne cessent de confirmer cette réalité. Toute initiative faite « au nom du concile », dans « l'esprit du concile », donne des fruits bien amers, bien éloignés de la sainteté, du renouveau mainte fois promis.

Alors sans renier le pouvoir d'enseignement du pape ou d'un concile, sans s'attribuer un pouvoir que nous ne possédons pas, nous sommes bien obligés quand même, devant de tels faits, devant de tels enseignements, d'émettre un jugement.

Ici se place le rôle délicat de la Fraternité Saint-Pie-X. Si celle-ci est une oeuvre d'Eglise à part entière, il n'est pas en son pouvoir d'attribuer officiellement à un quelconque document une quelconque note théologique. La Fraternité ne peut donc porter aucune sentence par voie d'autorité, au nom de l'Eglise, sur les textes du dernier concile. Ceci étant dit, attesté et proclamé à qui veut bien l'entendre, que pouvons-nous faire ? Quelles sont nos possibilités en la matière ? En effet, l'homme est doué d'intelligence et de volonté, il doit juger et agir. Pour toutes les raisons signalées, et surtout parce que différentes propositions dans ses textes contredisent explicitement le magistère antérieur ou en donnent une expression insuffisante et ambigüe, ce concile, qui est un tout, devrait être qualifié de déficient, comme d'ailleurs le magistère postconciliaire qui s'en fait l'écho. Ainsi, nous nous limitons à un jugement théologique prudentiel, laissant le magistère futur se prononcer au Nom de l'Eglise, et donner un jugement conforme à la Tradition. Peut-être, et sûrement, qu'un jour, un pape attribuera au concile et aux documents postérieurs qui en sont inspirés, le qualificatif de « favens haeresim », de favoriser l'hérésie, voir même d'hérésie. Nous n'en sommes pas encore là aujourd'hui malheureusement ; contentons-nous de la prudence.

Le magistère étant la vérité, devant un enseignement moderniste (puisque dans le concile une page est catholique et la suivante ne l'est pas), devant un enseignement ambigu, devant un magistère déficient dont nous pouvons facilement douter de l'authenticité et de son autorité, devant la pratique constante de l'Eglise face aux enseignements des hérésiarques ou de ce qui s'éloigne de la foi traditionnelle, il n'est pas possible de citer les enseignements matériellement orthodoxes disséminées dans les textes conciliaires, ni d'y faire référence. Il ne serait pas prudent de le faire, d'accorder une quelconque légitimité, un droit de cité à ce nouveau magistère. D'ailleurs, en actualisant la question de saint Thomas (15) vu plus haut, posons-nous celle-ci : « Quand nous avons deux mille ans de Tradition, devons-nous demander des lumières à un concile douteux ? » La réponse ne varie pas : « C'est tout aussi dangereux ». De plus, comme toute révolution, la révolution conciliaire étant un bloc, c'est donc comme un bloc que nous devons la combattre.

Ne doit-il pas en être de même pour l'enseignement des papes subséquents au concile ? Certes, nous l'affirmons encore à qui veut l'entendre, le pape possède bien le pouvoir d'enseignement et nous ne le contestons pas le moins du monde. Mais ces papes étant modernistes, est-il prudent de les citer dans leurs textes orthodoxes ? Il semble que là aussi, il y ait un grand danger de relativisme et d'indifférentisme. Même dans leurs écrits apparemment catholiques, les mots qu'ils emploient ont-ils la même signification que l'Église leur donne traditionnellement ? Ce n'est pas automatique ! Comme exemple, prenons la « pauvreté » d'un pape François. Je doute sérieusement qu'elle soit la même que celle enseignée par Notre-Seigneur dans la première béatitude, ou celle d'un Saint François d'Assise. Est-il donc prudent de citer ces textes provenant d'un magistère douteux, sans unité, mélangeant le vrai et le faux comme savent le faire les modernistes ? Encore une fois, c'est une question de prudence, de protection de la foi des fidèles.

Mais devant ce mutisme de notre part, certains pourraient nous objecter ceci : « Vous ne citez jamais le pape, donc vous êtes contre le pape ! » A cela, nous répondons que notre reconnaissance du pape est explicite par la liturgie et par notre enseignement. Mais aussi, pour qui sait voir les choses honnêtement, la reconnaissance par notre Fraternité des prérogatives du pape est bien explicite par sa ferme opposition à la collégialité des évêques. Dans le combat de la Fraternité Saint-Pie X pour l'Église, y a-t-il une preuve plus éclatante de son attachement indéfectible à la papauté, par la défense des droits et des pouvoirs du souverain pontife que le concile a voulu lui ravir par cette fameuse collégialité ? Ainsi, rien ne nous oblige à citer un magistère douteux comme preuve de notre reconnaissance du souverain pontife et de ses privilèges.

Au sortir de cette crise sans précédent, on peut bien penser que l'attitude des autorités de l'Église sera justement, dans un premier temps, de taire le concile. Tout bon chef d'Etat, après une guerre civile, décrète une réconciliation nationale avec interdiction de parler de cette triste période sous peine de poursuites. Ainsi, il n'est pas invraisemblable que les autorités de ce renouveau de l'Église feront table rase, cette fois-ci pour la bonne cause, du passé moderniste et ainsi interdiront toute citation du concile Vatican II et du magistère des papes modernistes postérieurs. Mais il est aussi aisé de penser que ces autorités n'en resteront pas à ce simple silence prudentiel, elles seront tenues de dénoncer les erreurs ambiantes pour les chasser des esprits contaminés. Par cela, il faudra bien un jour en arrivé à des condamnations.

En attendant cet heureux événement, laissons le mot de la fin au Révérend Père Calmel s'adressant à des religieuses voulant garder la Tradition : 
« Le moderniste est un hérétique doublé d'un traître… Savoir que le modernisme garde tout en théologie, mais réinterprète tout ». C'est pourquoi, « il ne faut rien concéder. Etre religieuse maintenant, c'est cela. Ne rien concéder jusqu'au martyre. Il faut garder la ligne très ferme : la bagarre – le martyre. Pas de discours. » (16)



Notes
1) Somme théologique III q 90 art. 2 ad 4.
2) Somme théologique II II q 1 art. 1.
3) Somme théologique III q 44 art. 1 ad 3.
4) St Matth. ch. 4, v. 6.
5) Somme théologique III q 44 art. 1 ad 3.
6) Bible Glaire Page 1514 note 6.
7) « Contre Auxence », évêque arien de Milan.
8) Paul VI, « Discours d'ouverture de la deuxième session du concile Vatican II, le 29 septembre 1963 » dans DC n° 1410, col. 1348. Paul VI « Discours de clôture du Concile, le 7 décembre 1965 » dans DC n° 1462, col. 64.
9) « J'accuse le Concile », 2ème édition, 1976, p. 112.
10) Vue de haut n°13, p. 55.
11) Vue de haut n°13, p. 53.
12) Vue de haut n°13, p. 52.
13) Le Père Roger-Thomas Calmel, par le Père Jean-Dominique Fabre, Page 529.
14) Égalité et liberté sont l'essence du code de la Franc-maçonnerie : « La conjuration antichrétienne » de Mgr Delassus Pages 139-140
15) Somme théologique III q 44 art. 1 ad 3.
16) Le Père Roger-Thomas Calmel, par le Père Jean-Dominique Fabre, Page 467.



dimanche 1 octobre 2017

La véritable mission du Motu proprio Summorum pontificum de Benoît XVI


Dans ce texte, nous présentons au point 2 une partie de l'analyse du cardinal Sarah sur le Motu proprio publiée par La Nef en  juillet 2017.


1- Le Motu proprio d'un point de vue catholique 

Pourquoi sommes-nous obligés de rejeter le Motu proprio de Benoît XVI?

Tout comme l'indult auquel il se réfère d'ailleurs, le Motu proprio de Benoît XVI propose, à sa façon, une vision pluraliste de la liturgie:  « Art. 1. Le Missel romain promulgué par Paul VI est l’expression ordinaire de la lex orandi de l’Église catholique de rite latin. Le Missel romain promulgué par saint Pie V et réédité par Jean XXIII doit être considéré comme expression extraordinaire de la même lex orandi  de l’Église et être honoré en raison de son usage vénérable et antique. Ces deux expressions de la lex orandi de l’Église n’induisent aucune division de la lex credendi de l’Église ; ce sont en effet deux mises en œuvre de l’unique rite romain.»  Accepter la messe de Saint Pie V sous les conditions du Motu proprio oblige  donc à  estimer légitime la coexistence des deux rites.   Le cardinal Sarah, lui-même, explique très bien cette réalité du Motu proprio dans son discours publié par La Nef que nous verrons, d'ailleurs,  un peu plus loin.  «  Ainsi donc, l’application pratique du Motu Proprio conduit à considérer nouvelle et ancienne messe comme des diversités légitimes.  La nouvelle messe serait aussi légitime au regard de la foi que l'ancien rite.  La nouvelle messe ne s’éloignerait donc plus «  dans l’ensemble comme dans le détail de la théolo­gie catholique de la sainte messe, telle qu’elle a été formu­lée au concile de Trente.» (Bref examen critique, Cardinaux Ottaviani et Bacci) Cette mise à égalité des deux messes peut prendre le nom de «  pluralisme litur­gique  » ou «  d’œcuménisme litur­gique  ». Ce qui est en tout conforme à l’esprit relativiste du Concile.» (Mgr Lefebvre, Rome et les ralliés par un prêtre de la Tradition)

De son côté, Mgr Lefebvre, grande figure de l’opposition au concile de Vatican II,  refusa de reconnaître la légitimité de la messe nouvelle.  Il parle de « l'expression d'une foi nouvelle, d'une foi moderniste» ( Ecône, juin 1976),  il va jusqu'à dire: «Cette messe est empoisonnée, elle est mauvaise et fait perdre peu à peu la foi, nous sommes clairement obligés de la rejeter.» ( La Messe de toujours p 353)

Concernant les catholiques assistant aux messes célébrées sous les conditions de l’indult, Mgr Lefebvre estimait que ces messes traditionnelles « sont  des « attrape-nigauds » qui entraînent les fidèles dans la compromission.» (Saint Michel en Brenne, le 18 mars 1989)

Afin d'en savoir davantage sur le sujet, nous vous invitons à lire ces quelques articles de prêtres de la FSSPX publiés sur La Porte Latine, site officiel du district de France:



2- Le cardinal Sarah souligne la véritable mission du Motu proprio 

À l'occasion des dix ans du Motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI (7 juillet ), le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le Culte divin, invite à mettre pleinement en œuvre ce Motu proprio.  Selon le cardinal Sarah, «ceux qui prétendent que l'usage de la forme extraordinaire du rite romain remettrait en cause l'autorité du concile Vatican II se trompent gravement.»  Le cardinal Sarah a parfaitement raison sur ce point. La messe ancienne célébrée selon le Motu proprio ne remet pas en cause le concile Vatican II, bien au contraire! Nous pouvons constater sans trop de peine, dans la messe des ralliés, ce divorce entre la foi et la liturgie.  Voici quelques extraits de son analyse publiée par le mensuel  La Nef:

LES DEUX RITES:  UN DOUBLE USAGE D'UN MÊME RITE

« La liturgie était devenue un champ de bataille, le lieu des affrontements entre les tenants du missel préconciliaire et ceux du missel issu de la réforme de 1969. Le Sacrement de l’amour et de l'unité, le sacrement qui permet à Dieu de devenir notre nourriture et notre vie, et de nous diviniser en demeurant en nous et nous en lui, était devenu une occasion de haine et de mépris. Le Motu proprio a définitivement mis fin à cette situation. En effet, Benoît XVI affirme avec son autorité magistérielle qu’« Il n'est pas convenable de parler de ces deux versions du Missel Romain comme s'il s'agissait de “deux Rites”. Il s'agit plutôt d'un double usage de l'unique et même Rite » (3).

Ainsi renvoie-t-il dos à dos tous les combattants de la guerre liturgique. Les expressions du pape sont fortes, elles révèlent clairement une intention d'enseigner de manière définitive : les deux missels sont deux expressions de la même lex orandi. « Ces deux expressions de la lex orandi de l’Église n'induisent aucune division de la lex credendi de l’Église ; ce sont en effet deux mises en œuvre de l'unique rite romain. » (4).

Je suis intimement persuadé que l'on n'a pas fini de découvrir toutes les implications pratiques de cet enseignement. Je veux ici en tirer quelques conséquences.

D'abord, l’Église ne se contredit pas : il n'y a pas une Église préconciliaire face à une Église postconciliaire. Il n'y a que l'unique Église, sacrement et présence continue du Christ sur la terre. Il est temps que les chrétiens contemplent cette présence du Christ avec un regard de foi et, par conséquent, rejettent les visions mondaines, idéologiques, sociologiques ou médiatiques. L’Église est une, sainte, catholique et apostolique, dans l'espace et dans le temps, selon notre Credo. Toute réforme dans l’Église est un retour aux sources, jamais la victoire d'un clan sur un autre.

Aussi, ceux qui prétendent que l'usage de la forme extraordinaire du rite romain remettrait en cause l'autorité du concile Vatican II se trompent gravement. Comme l'affirme Benoît XVI avec autorité, « cette crainte n'est pas fondée » (5). Comment supposer que le Concile ait voulu contredire ce qui se faisait auparavant ? Une telle herméneutique de rupture est contraire à l'esprit catholique. Le Concile n'a pas voulu rompre avec les formes liturgiques héritées de la tradition, mais au contraire les approfondir. » (Pour une réconciliation liturgique - cardinal Sarah - La Nef n°294 de juillet-août 2017)

L’ENRICHISSEMENT MUTUEL: 

« Cette vérité a des conséquences quant à la théologie et à la pratique de la liturgie. Puisqu'il y a continuité profonde et unité entre les deux formes du rite romain, alors nécessairement les deux formes doivent s'éclairer et s'enrichir mutuellement. Benoît XVI pose un principe profond et fécond : « Il n'y aucune contradiction entre l'une et l'autre édition du Missale Romanum. L'histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture » (6). Il en esquisse à peine les conséquences : « Les deux formes d'usage du Rite Romain peuvent s'enrichir réciproquement. » Il donne quelques pistes : « dans l'ancien Missel pourront être et devront être insérés les nouveaux saints (7) et quelques-unes des nouvelles préfaces... dans la célébration de la Messe selon le Missel de Paul VI pourra être manifestée de façon plus forte que cela ne l'a été jusqu'à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien » (8). Il est prioritaire qu’avec l’aide de l’Esprit Saint, nous examinions, dans la prière et l’étude, comment retourner à un rite commun réformé, toujours avec cette finalité d’une réconciliation à l’intérieur de l’Église parce que, pour le moment, il y a encore des violences, du mépris et des oppositions douloureuses qui démolissent l’Église et nous éloignent de cette unité pour laquelle Jésus a prié et est mort sur la croix.

Il nous revient, dix années après cet acte prophétique, de mettre en œuvre cet enrichissement mutuel que le pape Benoît appelait une « réconciliation interne de l’Église » (9). Le courage pastoral du pape François nous invite ici à être très concret. Soyons-le !» (Pour une réconciliation liturgique - cardinal Sarah - La Nef n°294 de juillet-août 2017)

L'HERMÉNEUTIQUE DE LA CONTINUITÉ DE BENOÎT XVI:  

« Dans tous les cas, la forme extraordinaire du rite romain ne peut plus être appelée le « rite préconciliaire ». Elle est désormais une forme de la liturgie romaine qui doit être éclairée, vivifiée et guidée par l'enseignement de Vatican II. Avec humour on peut affirmer que Benoît XVI a fait de la forme extraordinaire une liturgie postconciliaire !

Il faut encourager fortement la possibilité de célébrer selon l’ancien Missel Romain comme signe de l’identité permanente de l’Église. Car ce qui était jusqu’en 1969 la liturgie de l’Église, la chose la plus sacrée pour nous tous, ne peut pas devenir, après 1969, la chose la plus inacceptable. Il est absolument indispensable de reconnaître que ce qui était fondamental en 1969, le demeure aussi en 2017 et après : c’est une même sacralité, une même liturgie.»  (Pour une réconciliation liturgique - cardinal Sarah - La Nef n°294 de juillet-août 2017)

LA RÉCONCILIATION LITURGIQUE:  

«J'appelle de tout mon cœur à mettre en œuvre la réconciliation liturgique enseignée par le pape Benoît, dans l'esprit pastoral du pape François ! Jamais la liturgie ne doit devenir l'étendard d'un parti. Pour certains, l'expression « réforme de la réforme » est devenue synonyme de domination d'un clan sur l'autre, cette expression risque alors de devenir inopportune. Je préfère donc parler de réconciliation liturgique. Dans l’Église, le chrétien n'a pas d'adversaire ! » (Pour une réconciliation liturgique - cardinal Sarah - La Nef n°294 de juillet-août 2017)

«Éclairés par l'enseignement du Motu proprio de Benoît XVI, confortés par l'audace du pape François, il est temps d'aller au bout de ce processus de réconciliation de la liturgie avec elle-même. Quel signe magnifique ce serait si nous pouvions, dans une prochaine édition du Missel romain réformé, insérer en annexe les prières au bas de l'autel de la forme extraordinaire, peut-être dans une version simplifiée et adaptée, et les prières de l'offertoire qui contiennent une si belle épiclèse qui vient compléter le Canon romain. Il serait enfin manifeste que les deux formes liturgiques s'éclairent mutuellement, en continuité et sans opposition ! Alors, nous pourrions rendre au Peuple de Dieu, un bien auquel il est si profondément attaché !

Il y a quelques jours, pour la Pentecôte, le pape François nous a exhortés : « Il convient d'éviter deux tentations récurrentes. La première, celle de chercher la diversité sans l'unité. Cela arrive quand on veut se distinguer, quand on crée des coalitions et des partis, quand on se raidit sur des positions qui excluent, quand on s'enferme dans des particularismes, jugeant peut-être qu'on est meilleur et qu'on a toujours raison. […] La tentation opposée consiste à chercher l'unité sans la diversité. L'unité devient ainsi uniformité, obligation de faire tout ensemble et tout pareil, de penser tous toujours de la même manière. De cette façon, l'unité finit par être homologation et il n'y a plus de liberté. Or, dit saint Paul, là où l'Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté. » (Pour une réconciliation liturgique - cardinal Sarah - La Nef n°294 de juillet-août 2017)

(1) Benoît XVI, Préface à la version allemande de ses Œuvres complètes sur la liturgie, 29 juin 2008.
(2) Benoît XVI, Préface à la version russe de ses Œuvres complètes sur la liturgie, 11 juillet 2015.
(3) Lettre aux Évêques, accompagnant le Motu Proprio du 7& 8200;juillet 2007.
(4) Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 1.
(5) Lettre aux Évêques, accompagnant le Motu Proprio du 7& 8200;juillet 2007.
(6) Ibid.
(7) Par exemple, Maximilien Kolbe, Édith Stein (Sœur Thérèse-Bénédictine de la Croix), les martyrs d’Espagne, ceux de l’Ukraine, Joséphine Bakhita, Clémentine Anuarite, etc.
(8) Ibid.

source image cardinal Sarah:  
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samedi 23 septembre 2017

Un pont entre Rome et la Fraternité Saint Pie X ?



source: Mgr Lefebvre, Rome et les ralliés par un prêtre de la Tradition


Certains affirment que la Fraternité Saint Pierre et les messes célébrées selon l’Indult de 1984 sont un pont vers la Tradition et la Fraternité Saint Pie X. Ces messes célébrées dans ces conditions seraient favorables à un retour à la Tradition, car l’ancienne messe a une grande puissance pour donner la foi. Et on cite des exem­ples nombreux pour appuyer cette affirmation.

La réponse tient tout d’abord dans les exemples contraires de prêtres et laïques qui sont passés de la Fraternité Saint Pierre à la Rome moderniste.

Ensuite il faut observer la nature des choses. La situation des ralliés est telle qu’elle favorise le passage au modernisme  : leur enseignement est que le concile Vatican II n’est pas contraire à la tradition et que la nou­velle messe n’est pas opposée à la foi. Leur pratique suit cet enseignement  : ils célèbrent la nouvelle messe au moins quelques fois et écrivent des livres pour défendre la liberté religieuse de Vatican II. Il est donc dans la nature des choses que ceux qui fréquentent les ralliés et leurs lieux de messes finissent par prendre cet ensei­gnement et par conséquent devenir modernistes.

S’il arrive qu’un laïque ou un prêtre venant du modernisme passe de la Fraternité Saint Pierre à la Fraternité Saint Pie X, ce sera malgré l’orientation propre des ralliés  : au gré de circonstances étrangères à cette orienta­tion, malgré la nature des choses, il ira vers la Tradition.

 À l’inverse, ceux qui quittent la Fraternité Saint Pie X pour le modernisme agissent contre la nature des choses  : l’enseignement qui y est donné, la pratique de séparation d’avec la Rome moderniste orientent les esprits vers la Tradition et contre le modernisme. Seules des circonstances étrangères à cette orientation peuvent expliquer ces défections.

 Or on juge d’une chose selon sa nature et non selon des circonstances qui lui sont étrangères.
 Par conséquent selon la nature des choses la Fraternité Saint Pierre et les ralliés éloignent les âmes de la foi  : ils ne sont pas un pont la Tradition mais une voie de perdition. (Cf. l’article, Ecclesia Dei afflicta  : le sas, Sel de la Terre, n°66, p. 138)