samedi 24 juin 2017

Saint Jean-Baptiste, patron des Canadiens français, 24 juin





Nativité de saint Jean-Baptiste « Prophète du Très-Haut », saint Jean est figuré par Isaïe et Jérémie; mieux qu'eux encore, il fut consacré dês le sein de sa mère pour annoncer Jésus et préparer les âmes à sa venue. L'Évangile nous retrace les prodiges qui marquèrent sa naissance. Zacharie impose à son enfant le nom que Dieu lui-même, par son ange, lui a indiqué, et aussitôt il recouvre la voix qu'il avait perdue, et rempli de l'Esprit-Saint, il prédit les grandeurs de son fils: « Il marchera devant le Seigneur pour lui préparer les voies, pour donner à son peuple la connaissance du salut ».

L'ange Gabriel avait annoncé à Zacharie que beaucoup se réjouiraient de la naissance de son fils; c'était en effet comme l'aurore du salut, et c'est cela encore que chaque année l'Église nous invite à célébrer aujourd'hui. Elle a fait de la Nativité de saint Jean-Baptiste une Noël d'été, prélude de la naissance du Sauveur et tout entière orientée vers elle. A travers le Précurseur, c'est déjà le Sauveur lui-même dont elle salue la venue, et la joie à laquelle elle nous convie, c'est celle qui remplit nos âmes à la pensée que « le Seigneur, Dieu d'Israêl a visité et racheté son peuple ».

Le choix, comme épître de la messe, d'un texte prophétique qui vise davantage encore la mission du Sauveur que celle du Précurseur dit bien aussi que c'est le même mystère de l'apparition du salut que l'Église célèbre dans les deux fêtes. Saint Augustin a vu également dans les situations respectives du 24 juin et du 25 décembre un symbole d'un rapport essentiel entre les deux fêtes: la naissance de saint Jean se célèbre au moment où les jours commencent à diminuer et celle de Jésus au moment où ils s'allongent: image de l'humilité du Précurseur qui s'efface devant Celui qu'il annonce et dont l'influence ne fera que grandir: « Il faut qu'Il croisse et que moi je diminue ».

« Parmis les fils de la femme, il n'en est pas levé de plus grand que Jean-Baptiste, » a dit Notre-Seigneur. On comprend que la Nativité de saint Jean-Baptiste ait pris tant de relief. On y célébrait trois messes comme à Noêl et c'était fête chomée. Les feux de la Saint-Jean, allumés sur les hauteurs, complétaient la solennité liturgique en soulignant le symbole de la lumière qui parait dans la nuit. Le culte de saint Jean-Baptiste êtalt devenu très populaire: nombreuses sont les églises qui lui étaient dédiées, et les parents aimaient à donner son nom à leurs enfants.
Le nom de saint Jean-Baptiste est inscrit au canon de la messe.


source: La Porte Latine


mercredi 14 juin 2017

Avec Rome, quel accord?





SOURCE - Abbé Raphaël d'Abbadie, fsspx - Le Petit Eudiste - juin 2017


«Pas d'accord pratique sans accord doctrinal préalable» avait-on affirmé dans la Fraternité en 2006, avant d'abandonner cette exigence quelques années plus tard au profit d'une reconnaissance de la Tradition telle qu'elle est de la part des autorités conciliaires. Mais Rome, à sa manière, nous impose un retour à la question de fond puisque Mgr Guido Pozzo vient de déclarer que la réconciliation se fera lorsque Mgr Bernard Fellay adhérera formellement à «la déclaration doctrinale» que lui a présentée le Saint-Siège. Rome veut donc une entente doctrinale avant de procéder à une régularisation canonique. Mais l'expression «entente doctrinale» recèle une ambiguïté. Elle peut s'entendre en effet en deux sens. Dans un premier sens, le but poursuivi est que la Tradition retrouve tous ses droits à Rome, et que le Saint-Siège corrige les erreurs de fond qui sont à la source de la crise dans l’Église. Ce but n'est autre que le bien commun de toute l’Église. Aussi Rome doit-elle s'entendre non pas avec la Fraternité saint Pie X, mais avec la doctrine de toujours. Voilà ce que nous entendions en 2006 par un accord doctrinal préalable à un accord pratique. Dans un second sens, le but poursuivi serait la reconnaissance de la Fraternité, tout simplement, son bien particulier apparent, par l'accord préalable sur une formulation doctrinale commune, acceptable par les deux parties, exempte d'erreurs - nous pouvons le supposer - mais laissant dans l'ombre celles qui ravagent l’Église depuis cinquante ans. Rome entend l'accord doctrinal dans ce sens de pur moyen, et envisage une communion fondée sur le plus petit dénominateur commun. Les sectes protestantes traitent entre elles de cette manière depuis bientôt cinq siècles. Le Vatican traite de cette manière avec les sectes protestantes depuis le Concile, témoin l'Accord luthéro-catholique sur la justification, en 1999. «Jusqu'ici - nous dit M. l'abbé Gleize - les héritiers de Mgr Lefebvre, se sont fait au contraire un devoir d'envisager les choses du premier point de vue.» 
     
Parmi les erreurs graves qui vicient toutes les vérités partielles qui peuvent se rencontrer dans le magistère conciliaire et post-conciliaire, les plus connues ont été mises dès l'origine en vis-à-vis de la triade révolutionnaire de liberté, égalité et fraternité. Vous aurez reconnu ici la querelle sur la liberté religieuse, la collégialité et l’œcuménisme. 
     
Qu'entend la déclaration conciliaire Dignitatis Humanae par liberté religieuse? Non pas la liberté de l’Église catholique, mais le fait pour quiconque de ne pas être empêché, par quelque pouvoir que ce soit, de professer l'erreur. Ce serait un droit naturel que le législateur civil devrait reconnaître. Voilà qui contredit l'enseignement de l’Église jusqu'à Pie XII compris, et favorise aujourd'hui la submersion de nos pays par l'islam. Certes, il ne s'agit pas d'exercer la contrainte physique pour obliger les personnes adultes à embrasser le christianisme contre leur gré, mais l’État chrétien doit exercer son autorité en faveur de la vraie religion, d'une part en empêchant ou en dissuadant la profession de l'erreur, d'autre part, en facilitant la profession de la vérité. Notons qu'aujourd'hui le pape François déroule les conséquences de cette nouvelle doctrine dans le domaine familial avec l'exhortation apostolique Amoris Laetitia. Il serait en effet illogique de cantonner l'immunité de contrainte à la profession d'une foi religieuse et de ne pas l'étendre petit à petit à tout l'ordre moral. 
     
La collégialité quant à elle, s'attaque au primat du successeur de Pierre sur le siège de Rome. Ce débat ne relève pas d'une querelle byzantine puisque c'est l’Église telle que Notre-Seigneur Jésus-Christ l'a instituée, autrement dit sa constitution divine qui est en cause. Or, Lumen gentium affirme 1° que le collège épiscopal est un sujet ordinaire et permanent du pouvoir sur toute l’Église, 2° que ce même collège incluant le pape constitue, en plus du pape considéré seul, un deuxième sujet permanent du pouvoir sur toute l’Église, 3° que le collège épiscopal tient son pouvoir directement non du pape mais du Christ et que le consentement du pape est seulement requis pour son exercice. L’Église se doit donc d'être synodale, affirme le pape François! A l'inverse, que dit la Tradition? Le corps épiscopal rassemblé lors d'un concile œcuménique n'est le sujet que temporaire et extraordinaire de ce pouvoir ; le corps épiscopal n'est pas un deuxième sujet de ce pouvoir, mais, réuni en Concile, il est un second mode d’exercice pour le pape d'exercer son pouvoir, et c'est l'autorité même du pape qui est communiquée au concile. Nous devons donc aujourd'hui défendre la papauté contre le pape lui-même! L’Église est une monarchie et non une dyarchie. 
     
L'œcuménisme tel qu'il est présenté par les textes du concile, Unitatis Redintegratio et Lumen Gentium, s'attaque à l'unicité du salut dans l’Église catholique. Qu'affirment ces derniers?
1° La réalité d'une communion réelle, bien qu’imparfaite et partielle entre la structure visible de l’Église catholique et la structure visible des communautés non catholiques séparées. 
2° La réalité d'une présence et d'une action de l'Église du Christ, que l'on distingue de l’Église catholique, dans ces mêmes communautés. 
3° La présence d'éléments de sanctification dans ces communautés de sorte qu'elles sont des moyens de salut. 
     
À l'inverse que dit la Tradition? 
1° Ce ne sont pas ces communautés hérétiques ou schismatiques en tant que telles mais seulement certains de leurs membres qui peuvent être non pas exactement en communion avec l’Église mais ordonnés à l’Église. 
2° L'action du Saint-Esprit en dehors de l’Église catholique a lieu dans certaines âmes mais non pas dans les communautés prisonnières de l'erreur à laquelle elles appartiennent.
3° Ce qui reste d'éléments de l’Église dans les communautés séparées – le dogme de la Sainte-Trinité ou le sacrement du baptême, par exemple - n'a pas de soi valeur de salut, parce que la valeur salutaire des dogmes et des sacrements leur vient de ce qu'ils sont dispensés selon l'ordre voulu par le Christ, c'est-à-dire dans la dépendance du chef de l’Église. 
     
Au fil des ans, à l'occasion de la mise en œuvre du Concile, est apparue une nouvelle conception du Magistère. Elle est falsifiée en pratique puisque ses titulaires en usent à contre-sens en imposant les erreurs contraires aux vérités qui doivent en faire l'objet. Elle est faussée en théorie puisqu'elle prétend que le Magistère suprême de l’Église est l'interprète authentique des textes précédents du magistère. C'est l'erreur radicale du néo-modernisme dont les adeptes sont imbus de la mentalité évolutionniste. Nous la retrouvons dans le discours du pape Benoît XVI du 22 décembre 2005, avec l'herméneutique de « la réforme dans la continuité ». Cette erreur est à l'origine de la prétendue « Tradition vivante ». C'est sur le fondement d'une prétendue Tradition vivante que Mgr Lefebvre a été condamné en 1988 par le motu proprio « Ecclesia Dei adflicta ». Et remarquons que c'est la dénommée commission Ecclesia Dei qui est chargée de traiter avec la Fraternité! En réalité, le Magistère est l'organe et l'interprète de la Révélation. Le Magistère présent doit interpréter non le magistère passé mais la Révélation contenue dans ses sources: l’Écriture et la Tradition. Il doit se soumettre au magistère passé et interpréter les points de la Révélation non encore interprétés par les actes du magistère antérieur. Il doit s'y soumettre et l'assumer. Tout ce que les papes du temps passé ont enseigné en matière nécessaire demeure d'actualité. Si c'était la parole d'aujourd'hui qui faisait la vérité en interprétant sans cesse la parole d'hier, c'est le pape d'aujourd'hui qui ferait la vérité à sa guise, et la notion même de Tradition catholique n'existerait plus. Rappelons que la sainte Eglise catholique est le Corps mystique du Christ et non pas du pape régnant!
     
Le Nouveau Code de Droit canon véhicule les erreurs que nous venons de dénoncer et bien d'autres, sur le mariage, par exemple, dont il sera traité plus loin. Ce code, de l'aveu même de Jean-Paul II, pré- sente un nouveau visage de l’Église. Il met sous forme de canons ou d'articles la nouvelle ecclésiologie, entre autres choses. Il pèche donc contre la finalité même de la loi. Il s'éloigne dans l'ensemble comme dans le détail de la protection due à la foi et aux mœurs. Sa promulgation reste douteuse. Il n'a pas de valeur en soi. Voilà pourquoi sa réception pose un réel problème de conscience aux catholiques. Dans cette situation inédite, la nouvelle législation doit être ramenée à la précédente, celle de 1917, et si possible conciliée avec elle. Telle est la position adoptée par la Fraternité depuis 1983. 
     
Notre but est donc que la Tradition retrouve ses droits à Rome. Mais pour cela faut-il dans les conditions présentes accepter un accord? Comment peut raisonner ici un moraliste? L'acceptation d'une reconnaissance canonique est un acte moralement indifférent à double effet. L'effet bon est de retrouver la normalité juridique, 'des papiers en règle', et de s'ouvrir peut-être de nouveaux champs d'apostolat. Il en aurait été ainsi au Liban il y a vingt ans. Peut-être en serait-il encore ainsi dans certains pays d'Afrique ou d'Asie. 
     
L'effet mauvais est lui-même double:
     
- Il consiste dans le risque de relativiser la Tradition qui risquerait fort d'apparaître alors comme une option parmi d'autres. Nous accepterions une coexistence de droit et même une cohabitation de fait avec les modernistes.
     
- Il consiste également dans le risque de trahir la Tradition et de rallier la vision conciliaire. Je retrouve le numéro 67 de la Cloche d'Ecône. Nous sommes en 1994 ; le Catéchisme dit de l’Église Catholique venait de paraître deux ans auparavant. Les nôtres le pourfendait tandis que les moines du Barroux prenaient sa défense: « Il y a cinq ans, nous ne pouvions même pas imaginer que nous serions capables de le faire. Maintenant que nous sommes réconciliés, nous faisons l'expérience de renaître dans le sens de la catholicité et donc de la compréhension de l'enseignement de l’Église d’aujourd’hui ». Et le directeur du séminaire de commenter: «Est-ce assez clair? Et cette fois ce n'est pas moi qui l'ai dit! Eux-mêmes sont étonnés d'être capables de défendre le Nouveau Catéchisme! En termes clairs, qu'est-ce que cela signifie, sinon qu'après le ralliement canonique, le ralliement doctrinal est consommé? Vive le Concile, son Droit canon et son Catéchisme.» M. l'abbé Schaeffer, peu de tant avant son décès, avait écrit dans le Chardonnet un articulet intitulé: «Du génocide au mémoricide» en reprenant le titre d'un livre de M. Reynald Secher. Il comparait le sort qui pourrait être fait à l'épopée de notre défense et illustration de la Tradition au sort fait à l'épopée vendéenne. Ceux qui abandonnent la Tradition en arrivent à oublier ou à vouloir faire oublier ce qu'il ont été. Ils se retournent même contre elle. Il n'est que de regarder du côté des disciples longtemps si valeureux de Mgr Antonio de Castro Mayer, dans le diocèse brésilien de Campos! Au moment de leur ralliement, en 2001, certains progressistes avaient poussé de hauts cris. Le cardinal Cottier les avaient rassurés: « ne vous inquiétez pas, ils se sont engagés dans une dynamique!» Et de fait, il n'a guère fallu attendre pour constater de stupéfiants reniements en doctrine et en liturgie.
     
La solution dépend d'une part de la proportion à établir entre l'effet bon et l'effet mauvais, et d'autre part de l'évaluation des circonstances. Il est clair qu'il est plus important d'éviter le double effet mauvais (la relativisation et la trahison de la Tradition) que d'obtenir le double effet bon (le retour à la stricte légalité et les nouveaux champs d'apostolat). Mais les circonstances sont-elles telles que l'on puisse espérer éviter le double effet mauvais, le double risque? Mgr Marcel Lefebvre écrivait: « On ne rentre pas dans un cadre, et sous des supérieurs, en disant que l'on va tout bousculer lorsqu’on sera dedans, alors qu'ils ont tout en mains pour nous juguler! Ils ont toute l'autorité. » Et nous, nous savons comment ont été traités tout récemment encore ceux qui étaient dans le cadre, et qui s’efforçaient de faire retour à la Tradition. La mésaventure des Franciscains de l'Immaculée pourrait nous enseigner!


mardi 13 juin 2017

Danger de schisme?


SOURCE -  Par l'abbé Raphaël d'Abbadie -  Le Petit Eudiste - juin 2017


IL N'EST malheureusement pas rare d'entendre dans nos milieux qu'une trop longue séparation des autorités conciliaires finirait par nous faire rompre l'unité en adoptant un esprit schismatique. Quelques rappels de la doctrine chrétienne à ce sujet ne seront donc pas superflus, afin que notre jugement ne soit pas dicté par nos sentiments, mais bien plutôt par la foi qui éclaire notre raison.

Si nous ouvrons un catéchisme de saint Pie X, nous constatons que la définition de l’Église requiert l'union des baptisés dans une même foi, une même sanctification (les sacrements), une même hiérarchie (gouvernement). Cet ordre (foi sanctification-hiérarchie) n'est pas donné au hasard : il est primordial. Car, si l'Église est une société (qui, comme toute société, comporte un gouvernement), elle appartient cependant à l'ordre surnaturel : ce gouvernement qui assure l'unité des membres, ne peut s'exercer en dehors de la profession d'une même foi, « qui est le lien radical et absolument premier de l’unité sociale de l’Église. »1  Le principe de l'unité de l’Église, c'est donc la foi, enseignée par le Magistère. Ainsi, la hiérarchie a pour rôle de maintenir les membres dans l'obéissance à cette même foi (indispensable au salut). Elle ne peut donc aller à son encontre, puisque son rôle lui est subordonné.

Quelle est cette foi ? C'est une adhésion de notre intelligence aux vérités que Dieu nous demande de croire, précisément parce que c'est lui qui nous y engage avec toute son autorité : nous croyons sur l'autorité de Dieu, qui ne peut « ni se tromper, ni nous tromper ». Ces vérités nous sont transmises par le Magistère de l’Église, divinement assisté dans son rôle d'enseignement : « Le Saint-Esprit n'a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu'ils fassent connaître sous sa révélation une nouvelle doctrine, mais pour qu'avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les Apôtres, c'est-à-dire le dépôt de la foi. » 2

La foi, révélée par Dieu qui engage toute son autorité, transmise par le Magistère assisté de Dieu, ne doit pas être confondue avec l'opinion, qui n'a pour autorité que notre propre intelligence ou notre bon vouloir arbitraire, ce qui reste très fragile ! Nous ne pouvons mettre les deux sur le même plan. 

Si nous avons refusé le Concile Vatican II, c'est justement parce qu'il s'éloigne de la doctrine de toujours, jusqu'à la contredire, sous prétexte de la « revisiter» pour la mettre au goût du jour. Notre opposition relève de notre attachement à la foi. Or, la Rome actuelle voudrait réduire cet attachement à une simple opinion, que nous pourrions défendre certes, mais à titre d'opinion : il s'agirait là de « questions ouvertes » (alors que le Magistère de toujours s'est déjà prononcé sur ces questions). On retrouve là une tactique révolutionnaire, dénoncée par Jean Ousset 3, qui consiste à attaquer la vérité (qui exclut l'erreur), avant de lui laisser peu à peu un droit de cité, mais à la condition que ce soit au rang d'une simple opinion qui n'exclut pas l'opinion contraire : la vérité mise sur le même pied que l'erreur. 

Relativiser ainsi la foi, c'est la détruire, et c'est par le fait même détruire le fondement même de l'unité de l’Église et de son gouvernement : « une unité de gouvernement, sans l’unité de foi, serait donc une unité purement légale et légaliste, contraire à la nature même de l’Église. Une unité plus apparente que réelle. Telle est l’unité œcuménique dont rêvent Paul VI, JeanPaul II et leurs successeurs. Telle serait aussi l’unité de la « pleine communion », que le Saint-Siège fait miroiter depuis longtemps aux héritiers de Mgr Lefebvre. » 4

Notre véritable union à l’Église requiert donc la profession intacte de la foi, même si cela est contredit par les autorités actuelles, et provoque notre mise à l'écart : « cette unité [de foi], qui est l’unité même de l’Église, doit garder la primauté sur tous les arrangements pseudo canoniques. » 5 C'est en relativisant la foi qu'on en viendrait à perdre la véritable unité (et c'est cela qui s'appelle un schisme), et à compromettre son salut.

Ces principes ont permis au fondateur de la Fraternité de garder, au milieu de la tempête conciliaire, une ligne clairement catholique, qu'il exprimait ainsi à la veille des sacres : « Le lien officiel à la Rome moderniste n'est rien à côté de la préservation de la foi ! » 6


1. Unité ou légalité ?, par M. l'abbé Gleize, Courrier de Rome (CR)
n°599, mai 2017, p. 4.
2. Vatican I, constitution dogmatique Pastor æternus, DS 3070.
3. Jean Ousset, Pour qu'il règne, p. 93 et suivantes.
4. CR, p. 4. — 5. Ibid.
6. Marcel Lefebvre, une vie par Mgr Tissier de Mallerais, p. 589


La Tradition est-elle hors de l’Église?




Quant à dire «sortir de l’Église visible», c’est se tromper que d’assimiler l’Église officielle et l’Église visible…. Sortir, donc, de l’Église officielle? Dans une certaine mesure, oui, évidemment. Il faut donc sortir de ce milieu des évêques si l’on ne veut pas perdre son âme. Mais cela ne suffit pas, car c’est à Rome que l’hérésie est installée. Si les évêques sont hérétiques (même sans prendre ce terme au sens et avec les conséquences canoniques), ce n’est pas sans l’influence de Rome.»              
Mgr Lefebvre, Retraite sacerdotale, Écône, septembre 1988



SOURCE - Abbé Étienne de Blois, fsspx - Le Petit Eudiste - juin 2017

«L’Église est une société surnaturelle. Comme toutes les sociétés, l’Église est visible par sa hiérarchie. Donc ceux qui ne se soumettent pas à cette hiérarchie, tels les fidèles de la Tradition, sont en dehors de l’Église. » 
       
M. l’abbé Gleize, dans le Courrier de Rome de mai 2017, qualifie ce raisonnement de simpliste et fournit les distinctions nécessaires pour y répondre. Cet article du professeur d’Écône est très précis. Sans doute un peu trop pour un fidèle qui ne possède pas tout le vocabulaire théologique. Nous voudrions monnayer ces considérations si lumineuses, pour en faire profiter tout un chacun.

Le nœud du problème

Le nœud de la question réside dans la compréhension de la visibilité de l’Église (§ 5.). 
« On peut entendre l’Église en trois sens différents…» (Attention, ce sont trois aspects d’une même chose.)
     
1. En tant qu’elle est une société comme une autre, elle est visible par sa hiérarchie. C’est l’Église officielle.
     
2. En tant qu’elle est l’unique société d’ordre surnaturel, elle est un mystère surnaturel, objet de foi et invisible.
     
3. En tant qu’elle est pourvue de ses quatre notes (une, sainte, catholique et apostolique), motif de crédibilité parce que miracle moral, elle est visible.

Le troisième sens, l'Eglise visible par ses notes

Les quatre notes sont visibles : la continuité de l’Église, sa continuité hiérarchique, sa continuité doctrinale, la sainteté de sa doctrine, illustrée par tant de saints, etc. sont des faits concrets, tangibles, visibles. 
   
Elles se résument d’ailleurs en un mot : Tradition. L’unité de l’Église est d’abord sa continuité temporelle, c’est-à-dire très précisément la Tradition, qui prend sa source dans l’apostolicité. L’universalité de la doctrine de l’Église, sa catholicité, vient de ce qu’elle est la transmission d’une doctrine divine. La sainteté de l’Église est d’abord la sainteté de sa doctrine, sainte parce que reçue de Notre-Seigneur et transmise fidèlement. 
     
Ces quatre notes sont des motifs de crédibilité : elles sont visibles et garantissent l’invisible. Prenons l’exemple d’un professeur. L’élève n’a pas vu son professeur être reçu à un concours, mais l’élève voit des signes qui manifestent cet invisible : le professeur a été présenté par l’école, il donne des cours brillants, il peut présenter un papier qui authentifie son diplôme… 
     
Les notes de l’Église ne sont pas seulement des preuves extérieures, mais des manifestations visibles de la nature surnaturelle invisible de l’Église, c’est-à-dire du deuxième sens du mot Église. Elles rendent visible le fait que l’Église est surnaturelle, c’est-à-dire ce qui fait que l’Église n’est pas une société comme les autres, ce qui la distingue, ce qui lui donne sa nature et sa dé- finition complète, ce qu’on appelle le formel. L’Église (2ème sens) est formellement visible par ses notes (3ème sens), qui sont donc formellement l’Église visible.

Le premier sens, l'Eglise visible par sa hiérarchie

La hiérarchie de l’Église (1er sens) rend visible le fait que l’Église… est une société, comme un état ou une famille.
     
Mais que l’Église soit une société ne rend pas visible qu’elle soit surnaturelle.
     
Qu’elle soit une société ne fait pas qu’elle nous sauve. Qu’elle soit une société n’est que le sujet du surnaturel.
     
On dit que c’est l’aspect matériel. L’Église officielle est visible, mais dans un sens purement matériel. 

Matière et forme

Expliquons ici le sens des mots matériel et formel.
  
Si je prends une statue de saint Thomas en marbre, je remarque que ce qui lui donne sa nature finale, son sens, son rôle aussi, c’est-à-dire ce qui donne à cette statue de représenter saint Thomas, c’est sa forme. Le marbre pourrait être du plâtre, ça resterait une statue de saint Thomas. La matière qui la compose, le marbre, n’en fait pas une statue de saint Thomas. Le formel d’une chose, est donc ce qui la constitue dans sa nature et dans sa finalité, tandis que la matière n’a pour rôle que de recevoir cette forme. Un autre exemple, utile par la suite, c’est celui de l’homme. L’homme, comme l’animal, a un corps. C’est sa matière. Mais ce qui distingue l’homme de l’animal en lui donnant d’être rationnel et de pouvoir remplir son rôle rationnel, c’est son âme spirituelle, qui est sa forme.
    
Si nous avons compris que le formel détermine la nature et la finalité d’une chose, il est bien évident que le formel est plus important que le matériel.
    
Ainsi, lorsqu’on dit « l’Église est une société surnaturelle », « société » est comme une matière, et « surnaturelle » comme une forme. L’Église nous sauve non parce qu’elle est une société, même si cela y participe, mais parce qu’elle est surnaturelle.

Visibilité formelle et visibilité matérielle de l'Eglise

Nous comprenons maintenant ces mots techniques appliqués à la visibilité de l’Église. Ce qui distingue l’Église des autres sociétés, est sa surnaturalité. Sa surnaturalité est donc le formel de l’Église-société, et ses notes qui rendent visible cette surnaturalité sont la visibilité formelle de l’Église-société. Les notes étant la manifestation de la surnaturalité de l’Église, partout où les notes sont visibles, là est l’Église catholique. On peut toujours dire et en toute rigueur : « L’Église visible par ses notes, la Tradition, est l’Église catholique ».
    
Tandis que la hiérarchie de l’Église, l’Église officielle, n’est que la visibilité matérielle de l’Église, rendant visible uniquement l’aspect matériel, le fait qu’elle soit une société comme les autres. Les membres de l’Église officielle, s’ils sont toujours visibles matériellement, n’exercent pas nécessairement leur autorité selon les quatre notes. Dans la mesure où ils abandonnent la Tradition, ils ne rendent pas visible l’Église catholique, et ils ne sont pas l’Église visible au sens formel et vrai. Il est alors nécessaire de se détacher d’eux, de quitter la visibilité matérielle, pour rester attaché aux notes et à la Tradition, pour rester membre de l’Église visible au sens formel.
    
Normalement les deux visibilités sont réunies. À notre époque, et c’est un mystère, l’Église officielle, en promouvant le concile Vatican II, se détache par là- même des quatre notes. Que choisir? Mgr Lefebvre nous répond : « Je vous demande où sont les véritables marques de l’Église? Sont-elles davantage dans l’Église officielle ou chez nous, en ce que nous représentons, ce que nous sommes ? Il est clair que c’est nous qui gardons l’unité de la foi, qui a disparu de l’Église officielle. »

Passion de l'Eglise et passion du Christ

Ces précises considérations de M. l’abbé Gleize peuvent être mises en parallèle avec une expressionclé du combat de la foi, transmise par Mgr Lefebvre : la crise actuelle est « la passion de l’Église ». Il est juste que le corps mystique du Christ, la sainte Église, partage les mêmes tribulations que celles de son Chef.
    
Par sa mort sur la croix, l’âme du Seigneur Jésus s’est séparée de son corps, alors que son corps comme son âme restaient divins par l’union à la personne du Verbe.
    
Quel mystère douloureux pour Marie et pour les apôtres ! Comment le Seigneur Jésus, maître du ciel et de la terre, pouvait-il subir la mort ? Comment croire que cette âme et ce corps si piteusement maltraités et vaincus en apparence, puissent être l’âme et le corps de Dieu ? Devant ce scandale les apôtres ont chancelé, ils ont fui, ils ont douté dans leur foi. Marie, seule, resta fidèlement debout au pied de la Croix. Quel mystère pour nous, fidèles du XXe siècle, que la séparation de la hiérarchie et de la Tradition ! Le corps (principe matériel) de la visibilité de l’Église se séparant de l’âme (principe formel) de cette visibilité ! Comment la hiérarchie peut-elle encore être l’Église catholique et divine alors qu’elle s’est arrachée du principe vital qu’est la Tradition ? Ou comment des catholiques peuvent-ils prétendre être fidèles à Dieu en s’accrochant à une Tradition qui condamne la hiérarchie ? Comme Marie, nous devons garder la foi et tenir que les deux sont l’Église. Mais garder la foi nous oblige à un choix, le choix crucifiant de s’éloigner de la hiérarchie, de la visibilité corporelle de l’Église, afin de rester attachés au principe vital de la foi, la Tradition.


Pour sortir de la confusion, quelques considérations sur l'Église






SOURCE - Le Petit Eudiste (FSSPX) - juin 2017

Nous vous entretiendrons d'actualité, mais d'actualité doctrinale dans notre petit dossier sur Rome et la Tradition. Les quatre articles qui le composent se proposent pour but d'introduire aux études charpentées que M. l'abbé Jean-Michel Gleize, professeur au séminaire d'Ecône depuis maintenant vingt ans, vient de faire paraître dans le numéro de mai du Courrier de Rome. De manière diverse, chacun des prêtres du Prieuré, tour à tour, puise matière à réflexion, à développement, ou à analyse dans les articles intitulés : 1° Une Eglise officielle? 2° Unité ou légalité? 3° Pour une entente doctrinale? 4° Retour sur Amoris Laetitia. Nous nous interrogerons : 1° Peut-on identifier purement et simplement l’Église catholique et l’Église dite officielle? Notre conduite en dépend. 2° L'appartenance à l’Église requiert le triple lien de l'unité dans la foi, les sacrements et l'obéissance aux autorités légitimes, mais laquelle de ces trois unités fonde et prime au besoin les deux autres? C'est ici que nous touchons au mystère de la passion de l’Église. 3° L'expression entente doctrinale ne recèlerait-elle pas une ambiguïté? Autrement dit, le but que la Fraternité se propose dans ses relations avec Rome est-il le même que celui que Rome se propose dans ses relations avec la Fraternité ? Cette question mérite notre attention pour éviter tout faux pas. 4° Enfin, en quoi le néo-modernisme introduit-il dans l’Église une nouvelle forme d'hérésie non plus dogmatique mais pratique?
 
En novembre dernier encore, M. l'abbé Bouchacourt recommandait à ses prêtres la lecture et même l'étude du mensuel Courrier de Rome, de doctrine solide. Croyez bien qu'au Vatican, on le lit avec attention… et grincement de dents ! Mais n'est-il pas vrai, comme le disait l'abbé Berto, que toute action dans l’Église doit pouvoir se réduire à un principe théologique? Aussi en ces temps de confusion, générateurs de perplexité, il est plus important que jamais de s'instruire et de grandir dans la connaissance du mystère de l’Église. C'est la fidélité même au combat de la foi mené avec héroïsme par Monseigneur Lefebvre qui est en jeu.


mercredi 31 mai 2017

L'enseignement de Son Excellence Mgr Williamson sur l'Église conciliaire, la nouvelle messe et le sédévacantisme




Mgr Lefebvre disait au sujet de l'enseignement qu'il donnait à ses prêtres et ses fidèles:                           «Je vous ai transmis ce que j'ai reçu tout simplement.»

Il disait aussi: 
«Les fidèles ont un droit strict à savoir la doctrine des prêtres et évêques auxquels ils s'adressent.»

Cette liste présente quelques citations  tirées  des conférences et des Commentaires Eleison de Son Excellence Mgr Williamson.  Plusieurs fidèles ont, à l'heure actuelle, fait remarquer à Son Excellence que ses discours sur l'Église conciliaire et la nouvelle messe s'éloignent de façon impressionnante des principes de Mgr Lefebvre:

Mgr Lefebvre disait sur l'Église conciliaire:
« L’Église conciliaire étant désormais répandue universellement, diffuse des erreurs contraires à la foi ca­tholique et en raison de ces erreurs, a corrompu les sources de la grâce que sont le saint Sacrifice de la Messe et les sacrements. Cette fausse Église est en rupture toujours plus profonde avec l’Église catholique » (Lettre à Mgr de Castro-Mayer, 4 décembre 1990).

« C’est une preuve de plus que cette nouvelle Église, qu’ils ont désormais qualifiée eux-mêmes de conci­liaire, se détruit elle-même (expression employée par Mgr Benelli lui-même dans sa lettre du 25 juin 1976). » « L’Église qui affirme de pareilles erreurs est à la fois schismatique et hérétique. Cette Église conciliaire n’est donc pas catholique. Dans la mesure où le Pape, les évêques, prêtres et fidèles, adhèrent à cette nouvelle Église, ils se séparent de l’Église catholique. L’Église d’aujourd’hui n’est la véritable Église que dans la mesure où elle continue et fait corps avec l’Église d’hier et de toujours. La norme de la foi catholique, c’est la Tradition. La demande de S. Exc. Mgr Benelli est donc éclairante : soumission à l’Église conciliaire, à l’Église de Vatican Il, à l’Église schismatique. » (Quelques réflexions à propos de la "suspens a divinis", 29 juillet 1976)

Et sur la nouvelle messe, le prélat d'Écône disait:
«...alors ces changements qui ont eu lieu dans cette messe rendent cette messe dangereuse! Empoisonnée! Et c'est pourquoi nous refusons absolument d'encourager les fidèles à aller à cette messe! Nous les détournons de cette messe! » (Mgr Lefebvre le 11 juin 1988 à Flavigny)

«Cette messe est empoisonnée, elle est mauvaise et fait perdre peu à peu de foi, nous sommes clairement obligés de la rejeter.» ( La Messe de toujours p 353)

Dans La Résistance elle-même, il n'y a pas vraiment eu d'opposition de la part des fidèles, des prêtres (à l'exception de certains séparés de La Résistance) ou même des trois autres évêques concernant l'enseignement de Son Excellence. On remarque que la liberté de parole n'a finalement pas été très profitable à La Résistance.



Sur la nouvelle religion:

Tous les prêtres de l'Église conciliaire ne devraient pas en sortir. 
La nouvelle religion peut être utilisée pour construire votre foi. 
Il y a encore la Foi dans l'Église conciliaire. 
Il a du bon dans l'Église conciliaire, donc nous ne devons pas la rejeter complètement.
Si vous connaissez une personne piégée dans l'Église conciliaire, et si celle-ci est convaincue d'y sauver son âme, vous n'avez pas besoin d'essayer trop de la retirer. 
Il est dangereux de vous distancer de l'Église conciliaire. En vous distançant, vous risquez de devenir un pharisien déconnecté de la réalité. 

"Je ne dis pas à tout le monde à l'intérieur du Novus Ordo,  prêtres et laïcs, je ne dis pas:" Vous devez sortir! " (Mgr Williamson, conférence à St. Catherine's, Ontario, Canada, 5 novembre 2014)

"Les prêtres de N.O nourissent et construisent la foi dans leur paroisse N.O."
"Alors que la nouvelle religion est fausse, elle est dangereuse, et elle étrangle la grâce et aide beaucoup de gens à perdre la foi, en même temps il y a des cas où elle peut être utilisée pour construire la foi." (Conférence à Mahopac NY, États-Unis, juin 2015)

"Restez loin du Novus Ordo. Mais exceptionnellement, si vous veillez et priez, même là, vous trouverez la grâce de Dieu. Si vous le faites, utilisez-le pour sanctifier votre âme." (Conférence à Mahopac NY, États-Unis, juin 2015)

"La règle d'or est la suivante. La règle absolue des règles me semble être ceci. Faites tout ce dont vous avez besoin pour nourrir votre foi. " (Conférence à Mahopac NY Etats-Unis, juin 2015)

"Donc il me semble que si Robert est convaincu que pour sauver son âme il doit rester dans la néo-Église, je n’ai pas besoin de le harceler pour qu’il en sorte. Et si Claire est persuadée qu’il n’y a aucun problème grave qui secoue la Fraternité St Pie X, je n’ai pas besoin de la marteler pour la persuader du contraire. Et si Jean ne voit aucun autre moyen de garder la foi qu’en croyant que le Siège de Rome est vacant, tout ce dont j’essaierai de le convaincre, c’est que sa position n’est pas obligatoire." (Commentaire Eleison # 348)

"Ainsi, le NOM et l’ensemble de l’Église Novus Ordo sont dangereux pour la Foi, et les Catholiques ont raison qui se sont attachés à la Tradition pour éviter le danger. Mais comme ils ont eu à mettre une distance entre eux et l’Église officielle, ils se sont par là exposés au danger opposé de cet isolement qui peut mener à un esprit sectaire et même pharisaïque, déconnecté de la réalité. Il y a de véritables Sacrements dans le Novus Ordo et de véritables Catholiques dont Dieu s’occupe, et les « Traditionnalistes » devraient s’en réjouir. Puisse l’isolement de ceux-ci ne pas leur faire sentir qu’ils doivent penser qu’il ne reste plus rien de catholique dans le Novus Ordo." (Commentaire Eleison # 438)

"Il y a deux semaines, ces « Commentaires » sont retournés sur un champ de mines en soutenant la position qu’il y a encore quelque chose de catholique dans ce qu’est devenue l’Église catholique depuis Vatican II. Cette position est hautement contestée. Par exemple, d’une part, les responsables actuels de la Fraternité Saint Pie X se comportent comme si l’Église officielle de Rome est toujours tellement catholique qu’ils ne peuvent se passer de sa reconnaissance officielle. D’autre part, nombre d’âmes qui ont véritablement la Foi catholique rejettent totalement l’idée qu’il y ait encore quoi que ce soit de catholique dans cette « Église » dont le « Pape » François se trouve à la tête.(...) Sans doute le NOM, tel quel, ne cesse de discréditer et d’éroder la décence et la dévotion catholiques de toujours, mais de dire qu’il n’en reste plus rien dans la « Néo-église » me semble être une exagération grossière."  (Commentaire Eleison # 447)

"Mais si on respecte la réalité, il faut admettre qu’il y a de la Foi encore dans la Néo-église."  (Commentaire Eleison # 447)



Sur le rite de la nouvelle messe (NOM):

La nouvelle messe peut nourrir votre foi. 
Bien qu'il soit le principal destructeur de l'Église, la Nouvelle Messe peut donner la grâce et la nourriture spirituelle. 
Assister à la nouvelle messe peut faire plus de bien que de nuire spirituellement. 
La messe du Novus Ordo n'est pas aussi bonne que la messe traditionnelle, mais elle est encore mieux que rien. 
Bien que dangereux, la nouvelle messe aide les âmes à garder la foi. 
Tout le monde ne devrait pas éviter la nouvelle messe et toutes les nouvelles messes ne devraient pas être évitées.
La nouvelle messe peut être ce que vous faites. Un prêtre peut le célébrer avec décence, un laïc peut y assister avec dévotion.
Comment vos enfants garderont-ils la Foi? En allant à la nouvelle messe.
Le concile de Trente dit qu'il y a de la grâce dans la nouvelle messe aussi longtemps qu'elle est valide. 
Parce que la nouvelle messe est un mélange de bonnes parties et de mauvaises parties, les bonnes personnes peuvent l'utiliser pour garder la Foi tout en restant dans le Novus Ordo. 
Que certaines personnes qui assistaient à la nouvelle messe arrivent à la Tradition prouve que la nouvelle messe leur donnait de la grâce, ce qui leur permettait de ne pas perdre la Foi. 
Les catholiques Novus Ordo qui ne comprennent pas les problèmes de la nouvelle messe peuvent aller à la nouvelle messe et en recevoir la grâce. 


"Par conséquent, il existe des cas où même la messe Novus Ordo peut être suivie avec l'effet de construire sa foi au lieu de la perdre." (conférence à Mahopac NY, Etats-Unis, juin 2015)

"Faites tout ce dont vous avez besoin pour nourrir votre foi." (conférence à Mahopac NY, Etats-Unis, juin 2015)

"If they can trust their own judgement, that attending the New Mass will do them more good than harm spiritually." (conference in Mahopac NY, États-Unis, juin 2015)

"Ask a priest you trust and heed his advice — maybe.”; “Decide for yourself.”; “If you can trust your own judgment, use your own judgment." (conference in Mahopac NY, États-Unis, Juin 2015)

"Par conséquent, je ne dirai pas que chaque personne doit rester à l'écart de chaque NOM".  (conférence à Mahopac NY, États-Unis, juin 2015)

"Le Novus Ordo est faux, mais ce n'est pas seulement faux (...) La partie fausse est très dangereuse, mais la partie vraie permet aux âmes de garder la foi." (conférence à Veneta, Oregon, États-Unis, 19 septembre 2016 - www.youtube.com/watch?v=X2bymrcN93M&t=3497s 

"I’m sure you ask yourselves ‘What kind of word are my children going to have to grow up in? How are they going to keep the Faith?’ Very good questions. By prayer and Charity and by frequenting the sacraments, so long as they are still available, so long as it’s at all still possible to reach the sacraments. And some Novus - I’ve got into quite a lot of controversy for saying this, but it’s true - there is no question that some Novus Ordo Masses are valid. And if they’re valid, then it’s defined by the Council of Trent that grace passes, “ex opere operato” is the strict phrase. And you and I have no right before God to look down our noses and to write off these Catholics as though they’re just trash." (St. Athanasius, Vienna,VA, 20th May 2016 - www.youtube.com/watch?v=GGcr24n8fJo)

" I mean, in real life, have you ever met a good person who’s nothing but good? Uh-uh. [No.] Have you ever met a bad person who’s nothing but bad? Uh-uh. In real life, it’s always a mixture of good and bad. And those rites are a mixture of good and bad. … I’m not saying the Novus Ordo is OK. I’m saying it’s - there is still good along side all the bad. The bad is terrible, you’re quite right to have gone away from the bad, don’t go back to it. But don’t say that there’s no good in it at all and that there can be no grace passed attending the Novus Ordo Mass. "  (Emmett, Kansas18th September, 2016 -  www.youtube.com/watch?v=j4qrXglMmjY)

" Doctrinalement, le NOM est ambigu, à mi-chemin entre la religion de Dieu et la religion Conciliaire de l’homme. Or, en matière de Foi, l’ambiguïté est mortelle, étant conçue normalement pour saper la Foi, comme le fait fréquemment le NOM. Mais, tout comme l’ambiguïté est ouverte précisément à deux interprétations, ainsi le NOM n’exclut pas absolument l’ancienne religion. " (Commentaire Eleison», # 437, 28 novembre 2015)

" N’est-il pas alors raisonnable qu’en punition de leur amour du monde moderne, ces moutons perdissent en grande partie le véritable rite de la Messe, alors qu’en récompense de leur amour encore catholique pour la Messe ils n’en perdissent pas toute la validité ?"  (Commentaire Eleison # 437, 28 novembre 2015) 

"...il doit y avoir jusqu’à ce jour une multitude de Catholiques qui veulent être catholiques et qui concluent que la bonne manière de l’être et de le rester est d’assister au NOM chaque dimanche. Et qui osera dire que dans toute cette multitude, il n’y en a aucun qui nourrisse encore sa foi en obéissant à ce qui semble pour lui (subjectivement) être son devoir (objectif) ? Dieu est leur juge, mais pour combien d’années la plupart des fidèles de la Tradition catholique auront-ils assisté au NOM jusqu’à ce qu’ils comprissent que leur foi les obligeait à ne plus le faire ? Et si le NOM leur avait fait perdre la foi dans le cours de ces années, comment en seraient-ils venus à la Tradition catholique ? En fonction des options du NOM choisies par le célébrant, pas tous les éléments capables de nourrir la foi n’en sont nécessairement éliminés, surtout si la Consécration est valide, possibilité que personne ne nie qui connaisse sa théologie sacramentelle." (Commentaire Eleison # 445)

" Étant au cœur de la nouvelle religion subjective et ambiguë, le NOM peut être interprété comme on veut. Un prêtre peut le célébrer « décemment », un Catholique peut y assister « dévotement ». Les guillemets doivent apaiser les esprits forts qui vont insister qu’avec le NOM, il ne peut y avoir ni véritable décence, ni dévotion réelle, mais en prenant cette position dure, ils font fi, à mon avis, de la réalité. Dieu merci, Dieu est juge ! Sans doute le NOM, tel quel, ne cesse de discréditer et d’éroder la décence et la dévotion catholiques de toujours, mais de dire qu’il n’en reste plus rien dans la « Néo-église » me semble être une exagération grossière."  (Commentaire Eleison»,  # 447)

"...la nouvelle messe est l’agent principal de la destruction de la vraie Eglise, et le moteur principal de la Néo-église. Et voilà la raison pour laquelle la nouvelle messe comme un tout est non seulement mauvaise, mais très mauvaise. (...) pour les âmes innocentes qui ignorent encore son danger intrinsèque pour la foi, la nouvelle messe par sa Consécration et ses bonnes parties est capable de transmettre la grâce et de nourrir spirituellement, surtout lorsque le célébrant étrangle moins ces dernières en rendant aussi catholique que possible les ambiguïtés. Et du côté de Dieu, le proverbe dit bien qu’ « Il écrit droit avec les lignes courbes », et alors les parties mauvaises ne L’empêche pas nécessairement de faire des miracles avec les parties catholiques pour nourrir les innocents et avertir les coupables." (Commentaire Eleison  distinguer, discriminer # 492, 17 décembre 2016 )

"D’un autre côté la nouvelle messe est encore assez bonne en partie pour nourrir ces âmes innocentes et pour permettre à Dieu d’opérer des miracles, là encore pour nourrir les âmes ou pour les avertir."  (Commentaire Eleison  distinguer, discriminer # 492, 17 décembre 2016 )

Voir en lien avec ce sujet: Quelques réflexions sur le Commentaire Eleison «Distinguer, Discriminer» de Mgr Williamson




Sur les "miracles" eucharistiques dans la nouvelle messe (NOM) 


Il y a des miracles eucharistiques dans la nouvelle messe. Ces miracles sont authentiques et ils ont des leçons pour les catholiques traditionnels.

"Il y a eu des miracles eucharistiques avec le NOM ... ". (Mgr Williamson, conférence à Mahopac NY, États-Unis, juin 2015) 

"Les faits sont tenaces - tant qu'ils sont des faits. Si les lecteurs doute que le miracle eucharistique de 1996 à Buenos Aires soit un fait, laissez-les entreprendre leur propre recherche ... Mais si leur recherche sur ce cas ne les laisse pas convaincues, laissez-les regarder le cas parallèle de Sokólka en Pologne, où tout un centre de pèlerinage a surgi dans le cadre d'un miracle eucharistique de 2008. Et un peu plus de recherche sur l'Internet verrait certainement des récits de plus de miracles de Novus Ordo, dont au moins certains sont authentiques. " (Mgr Williamson Commentaire Eleison # 437, 30ème Novembre 2015) 

"Or, ces miracles-là [Novus Ordo]  – à supposer qu’ils sont authentiques – ont aussi des leçons pour les Catholiques de la Tradition qui de façon ou d’autre se tiennent à l’écart de la structure du Novus Ordo." ((Mgr Williamson Commentaire Eleison # 438,  5 décembre 2015)

Voir en lien avec ce sujet: Que penser des miralces dans le NOM?




Sur la messe de l'indult ou du Motu proprio:

"...à mon avis, contentez-vous d’assister à la Messe de St Pie V la moins contaminée qui se trouve près de vous..."     (Mgr Williamson, Commentaires Eleison # 505)



Sur la messe sédévacantiste

Le sédévacantisme est un position acceptable dans La Résistance
Toutes les messes sédévacantistes ne devraient pas être évitées.


" En juillet 2014, à Avrillé, Mgr Williamson, devant une vingtaine de prêtres réunis, ... a admis la liberté pour chacun d’être una cum ou non una cum au canon de la messe.."  (Abbé Rioult - Discours sur l’Église romaine face à l’apostasie (7/12) note 16 publié le 8 décembre 2015)

"Vous devez faire ce que vous pouvez. Dieu ne demande pas l'impossible. Il demande le possible. La messe sedevacantiste est disponible. C'est assez proche, et donc, est-ce un prêtre dévot? Est-il un fougueux? A-t-il la foi? Le sedevacantisme est dangereux. Mais s'il n'y a pas d'autre messe disponible, je n'exclurait pas l'assistance de cette messe." (Houston, Texas, États-Unis, 25 septembre 2016 - www.youtube.com/watch?v=Mn1jtS1VUGU)



Sur le livre de "Maria Valtora" mis à l'Index

À la défense de Maria Valtorta  (Commentaire Eleison, 12 septembre 2015)



source: The Recusant





lundi 29 mai 2017

La réconciliation de la FSSPX avec Rome vue par les ralliés




Abbé Tanoüarn, institut du Bon Pasteur

Ancien de la FSSPX revenu dans le giron romain, l'abbé Guillaume de Tanoüarn voit un intérêt personnel, pour le supérieur de la Fraternité, à conclure rapidement un accord. Le prélat suisse arrivera en 2018 au terme d'un deuxième mandat de douze ans, or «sa politique d'ouverture à Rome est minoritaire» au sein de la FSSPX, estime-t-il. "Il n'est pas sûr d'être réélu. Si on lui érige une prélature, il sera prélat à vie. C'est une forme de coup d'Etat qui ne dit pas son nom."

source: AFP - Le Parisien - 11 mi 2017

« Il y a trois semaines, j’ai parlé 40 minutes à l’AFP, qui n’en a retenu que deux phrases : celles où j’explique que Mgr Fellay a un intérêt personnel à la réintégration de la FSSPX.

Je maintiens et je développe : depuis le début, Mgr Fellay est « dans le cockpit », économe général avant même son ordination, évêque a 30 ans, supérieur général depuis si longtemps que la plupart de ses prêtres n’ont connu que lui. Son mandat actuel s’achève l’an prochain, mais si la FSSPX devient entre-temps une prélature personnelle, il n’aura plus à se préoccuper d’être réélu : elle sera comme son diocèse personnel, aussi longtemps qu’il durera.

Voilà qui peut expliquer les évolutions de Mgr Fellay sur la question. Je fais partie de ceux qui l’ont connu dans d’autres dispositions, je n’en ferai pas l’exégèse mais au fond les « mutins » les plus récents sont sanctionnés pour dire aujourd’hui que la FSSPX disait au début du siècle. Ce que leur reproche Mgr Fellay, c’est de continuer à prendre au sérieux, en 2017, ses propos de l’époque.»

source: Abbé Guillaume de Tanoüarn - Metablog - 28 mai 2017




Abbé Benoît Paul-Joseph nommé en 2015 supérieur du district de France de la Fraternité Saint-Pierre

Question: On parle beaucoup aujourd’hui de la réconciliation entre Rome et la Fraternité Saint-Pie X, fondée par Mgr Lefebvre. En toute honnêteté, si cela devait avoir lieu, quelle serait votre réaction ?

Abbé Benoît Paul-Joseph: « Il serait méprisable de ne pas se réjouir de la guérison d’un malade sous prétexte que sa santé pourrait nous faire de l’ombre. Non, une réconciliation entre la Fraternité Saint-Pie X et le Saint-Siège serait assurément une magnifique nouvelle, elle mettrait fin à une division qui blesse l’Église depuis bientôt trente ans. Certes, cela ne serait pas sans conséquences pour la Fraternité Saint-Pierre, mais cette dernière ne sert pas d’abord ses propres intérêts mais ceux de l’Église de Jésus-Christ. C’était l’esprit de nos fondateurs, c’est celui que nous désirons conserver

source: La Fraternité Saint-Pierre en France : des prêtres au service des âmes
Rédigé par Philippe Maxence le 12 avril 2017 dans Religion




Yves Chiron

 «La levée d'excommunication n'était qu'une remise de peine qui ouvrait la voie à une réconciliation et ce n’était en aucun cas la reconnaissance a posteriori de la licéité de l’acte posé par Mgr Lefebvre en 1988, acte qui lui avait valu l’excommunication.» 

source: Aletheia n°139 - 31 mars 2009 - Monseigneur Lefebvre en attente de réhabilitation





Pour une entente doctrinale?




Abbé Jean-Michel Gleizeprêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

 29 mai 2017

1. Dans un récent entretien, Mgr Guido Pozzo a déclaré que « la réconciliation se fera lorsque Mgr Fellay adhérera formellement à la déclaration doctrinale que lui a présentée le Saint-Siège. C'est aussi la condition nécessaire pour procéder à la régularisation institutionnelle, avec la création d'une prélature personnelle ». Et lors de son retour du récent pèlerinage à Fatima (12-13 mai) à l'occasion d'une une conférence de presse donnée dans l'avion, le Pape François fait allusion à ce document, mis au point par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, lors de sa dernière séance du mercredi 10 mai. Il s'agirait donc bien, dans l'esprit de Rome, d'une entente doctrinale. L'expression est cependant équivoque ; elle peut en effet s'entendre en deux sens. 

2. Dans un premier sens, le but poursuivi est que la Tradition retrouve tous ses droits à Rome, et que par conséquent le Saint-Siège corrige sérieusement les erreurs doctrinales qui sont à la source de la crise sans précédent qui sévit encore dans la sainte Église. Cette correction est le but que recherché, but en soi et cause finale, principe de tout l'agir subséquent dans le cadre des relations avec Rome. Et ce but n'est autre que le bien commun de toute l'Église. En ce sens, l'entente doctrinale signifie que Rome doit s'entendre non point avec la Fraternité Saint Pie X, mais avec la doctrine de toujours et revenir de ses erreurs. 

3. Dans un deuxième sens, il s'agirait que Rome s'entendît avec la Fraternité Saint Pie X, en vue d'une reconnaissance canonique. Cette reconnaissance serait le but en soi, principe de tout l'agir subséquent. Ce but ne serait autre que le bien particulier apparent d'une société telle que la Fraternité. La formulation d'une position doctrinale commune suffisamment acceptable par les deux parties, Rome et la Fraternité, en serait seulement le moyen. Et il suffirait que ce moyen fût proportionné au but : il ne serait donc pas nécessaire que Rome corrige toutes les erreurs du Concile ; il suffirait qu'elle n'impose pas la profession de ces erreurs. En ce sens, l'entente doctrinale signifie que la Fraternité s'accorde avec Rome sur un certain nombre d'affirmations doctrinales exemptes d'erreurs. 

4. Il est à craindre et il est même évident que Rome entend l'entente doctrinale au second sens, et envisage au mieux un régime de tolérance à l'égard de la Fraternité, mais nullement de corriger les erreurs du Concile. Jusqu'ici, les héritiers de Mgr Lefebvre se sont fait un devoir d'envisager les choses du point de vue du premier sens. Dès lors, il est clair qu'une pareille « base d'entente » restera toujours insuffisante, tant que Rome n'y aura pas intégré la correction des erreurs du Concile

5. En effet, l'adage vaut ici comme ailleurs : « bonum ex integra causa, malum ex quocumque defectu ». L'adage doit bien sûr s'entendre au sens moral, et par rapport à des actes humains. Si nous prenons Vatican II comme un ensemble de textes, bien évidemment, nous pouvons toujours faire le tri entre la vérité, l'équivoque et l'erreur et chaque passage concerné peut être pris isolément. Ce tri peut avoir lieu dans le cadre d'un dialogue d'experts – ou d'une commission de révision. Cependant, l'usage de l'Église est de considérer les textes non en tant que tels mais d'un point de vue moral, c'est-à-dire en tant que ces textes font globalement l'objet d'une adhésion de la part de l'Église et de ses fidèles (donc d'un acte humain moralement considéré) et risquent, à cause de leurs erreurs ou de leurs équivoques, de leur causer du scandale. De ce point de vue, il ne suffit pas de signer un texte qui exprime une partie seulement de la vérité ; il est nécessaire que Rome professe l'intégralité de toute la vérité et condamne par le fait même les erreurs qui vicient de fond en comble toutes les vérités partielles qui peuvent se rencontrer dans le magistère conciliaire et post-conciliaire.

DE QUELQUES POINTS LITIGIEUX 

1) Le concile Vatican II 

6. La référence à Vatican II est toujours gênante, même lorsqu'il s'agit de passages isolés apparemment orthodoxes. Ce Concile fait en effet l'objet de notre refus, en raison des nombreuses erreurs graves qui s'y sont introduites. Or, malum ex quocumque defectu : il suffit qu'il y ait quelques passages mauvais pour que le Concile soit mauvais, même s'il y a aussi quelques passages bons. Ces passages bons ne rachètent pas les passages mauvais.

2) La liberté religieuse (déclaration Dignitatis humanæ) 

7. D'une part, autre chose est d'exercer la contrainte au for externe pour conduire les personnes à embrasser la vraie religion, autre chose est d'exercer la contrainte au for externe pour empêcher les personnes de professer une religion fausse. D'autre part, il y a une différence entre la contrainte physique, qui est une contrainte proprement dite (c'est-à-dire une violence) et la contrainte morale, qui est une contrainte improprement dite (c'est-à-dire selon les cas une persuasion ou une dissuasion). La doctrine sociale de l'Église exige que l'État exerce son autorité en faveur de la vraie religion : 1°) en exerçant au for externe la double contrainte physique et morale pour empêcher et dissuader la profession de l'erreur et 2°) en exerçant également au for externe une certaine contrainte morale pour persuader la profession de la vraie religion. L'Église a condamné seulement le recours à la contrainte physique pour imposer la vraie religion. Le n° 2 de Dignitatis humanæ contredit cette doctrine de l'Église précisément en ce qu'il reconnaît comme un droit civil le droit de ne pas être empêché, par quelque pouvoir humain que ce soit, de professer l'erreur. 

3) La collégialité (constitution Lumen gentium)

8. Les trois points litigieux sont les suivants. 

9. Le n° 22 Lumen gentium affirme que le collège épiscopal (corps épiscopal aussi bien rassemblé que dispersé) est le sujet ordinaire et permanent du pouvoir sur toute l'Église. Au contraire, la Tradition affirme que seul le corps épiscopal rassemblé peut être le sujet seulement temporaire et extraordinaire de ce pouvoir.

10. Le n° 22 de Lumen gentium affirme que le collège épiscopal incluant le pape constitue, en plus du pape considéré seul, un deuxième sujet permanent du pouvoir sur toute l'Église. Au contraire, la Tradition affirme que le corps épiscopal n'est pas un deuxième sujet de ce pouvoir mais que le seul concile oecuménique est une deuxième mode d'exercice du même sujet (le pape) du même pouvoir.

11. Le n° 22 en liaison avec le n° 21 de Lumen gentium affirme que le collège épiscopal tient son pouvoir directement non du pape mais du Christ par la consécration épiscopale et que le consentement du pape est seulement requis pour son exercice. Au contraire, la Tradition affirme que le concile oecuménique ne peut tenir son pouvoir directement que du pape, et que c'est l'autorité même du pape qui est communiquée au concile et participée dans ce pouvoir temporaire et extraordinaire du concile : celui-ci se réunit donc non seulement « cum capite » (ce qui serait le point de vue réducteur d'une cause matérielle, requise à l'intégrité de l'assemblée), mais beaucoup plus que cela « sub capite » (point de vue d'une cause efficiente » et même « ex capite » (point de vue d'une cause formelle). 

12. La Nota prævia ne résout pas tous ces problèmes et laisse intacte l'idée d'un double sujet du primat. 

13. D'autres points du chapitre III de Lumen gentium posent de graves difficultés : le n° 21 affirme la sacramentalité de l'épiscopat avec l'idée que le sacre confère en acte le triple munus, non seulement le pouvoir d'ordre mais même le pouvoir de juridiction, avec le magistère et le gouvernement, ce qui est contraire à toute la Tradition et à tout le Droit canonique. Le point de départ de la collégialité est ici radicalement faux, ainsi que l'on fait observer les pères membres du Coetus, au moment même du Concile (1). Le cardinal Browne fait remarquer que l'idée selon laquelle la consécration épiscopale donne en acte ou dans leur essence les trois pouvoirs d'ordre, de magistère et de gouvernement contredit l'enseignement du magistère ordinaire suprême de Pie XII, donné à trois reprises et s'inscrit aussi en faux contre la théologie de saint Thomas. Mgr Carli fait observer que cela contredit le Droit de l'Église, relativement à la collation du primat de juridiction du Pape, à la collation de la juridiction ordinaire des évêques résidentiels et même à l'absence de toute juridiction des évêques titulaires. Le n° 25 donne une définition collégialiste de l'infaillibilité du Magistère ordinaire et universel ; le n° 18 pose l'antériorité du Collège des apôtres sur saint Pierre.

4) L'oecuménisme (décret Unitatis redintegratio et constitution Lumen gentium)

14. Les trois points litigieux sont les suivants.

15. Les textes d'Unitatis redintegratio affirment la réalité d'une communion réelle, bien que imparfaite et partielle, de société à société, c'est-à-dire entre la structure visible de l'Église catholique et la structure visible des communautés chrétiennes non catholiques séparées. Au contraire, la Tradition affirme que seulement certains parmi les membres des communautés chrétiennes non catholiques séparées peuvent être non en communion mais ordonnés au Corps mystique du Rédempteur, qui est identiquement l'Église du Christ et l'Église catholique. 

16. Les textes de Lumen gentium affirment la réalité d'une présence et d'une action de l'Église du Christ en dehors de la structure visible de l'Église catholique, dans les communautés chrétiennes non catholiques séparées. Au contraire, la Tradition affirme seulement la réalité d'une action du Saint-Esprit en dehors du Corps mystique du Rédempteur, qui est identiquement l'Église du Christ et l'Église catholique, et que cette action a lieu dans certaines âmes qui font partie des communautés chrétiennes non catholiques séparées, mais non dans ces communautés elles-mêmes. 

17. Les textes de Lumen gentium et de Unitatis redintegratio affirment qu'il y a dans les communautés chrétiennes non catholiques séparées des éléments dont la valeur salutaire dérive de la plénitude confiée à l'Église du Christ et qui tendent par eux-mêmes à l'unité catholique et que le Saint-Esprit peut donc se servir de ces communautés comme de moyens de salut. Au contraire, la Tradition affirme que les éléments qui se trouvent dans les communautés chrétiennes non catholiques séparées n'ont par eux-mêmes aucune valeur salutaire, et que celle-ci ne saurait dériver de l'Église, puisque ces communautés refusent en tant que telles le primat de juridiction du pape, alors que précisément la valeur salutaire des dogmes et des sacrements leur vient de ce qu'ils sont dispensés selon l'ordre voulu par le Christ, c'est-à-dire dans la dépendance du primat de juridiction de son vicaire, qui est le pape, évêque de Rome et chef de l'Église.

5) Le Magistère

18. La définition même du Magistère est falsifiée en pratique, car depuis Vatican II, les titulaires du pouvoir de Magistère usent de ce pouvoir à contresens, puisqu'ils imposent des erreurs contraires aux vérités qui font l'objet du Magistère. C'est pourquoi, nous ne pouvons pas reconnaître que Vatican II est l'expression d'un véritable Magistère catholique. Nous ne pouvons pas affirmer (du moins pas sans distinctions et restrictions) que les textes du Concile Vatican II sont compris parmi les textes du Magistère, qu'ils sont l'expression d'un Magistère catholique. 

19. La définition du Magistère est falsifiée en théorie. La constitution Dei Verbum, au n° 8, affirme que « ce qui a été transmis » « progresse dans l'Église, sous l'assistance du Saint-Esprit ; en effet, la perception des réalités aussi bien que des paroles transmises s'accroît, soit par la contemplation et l'étude des croyants qui les méditent en leur coeur, soit par l'intelligence intérieure qu'ils éprouvent des réalités spirituelles, soit par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, ont reçu un charisme certain de vérité ». Ce passage ne fait aucune distinction entre le rôle du Magistère et celui de l'Église enseignée. La proposition plus explicite du Magistère est en effet la cause de la meilleure perception de la vérité chez les fidèles, dans la contemplation ou l'étude. Équiparer les deux autorise l'interprétation erronée qui réduirait le rôle du Magistère à celui d'un canalisateur de l'expérience collective. Et c'est d'ailleurs ce que suggère très nettement l'enseignement de Benoît XVI (Catéchèses sur l'Église de 2006 ; Exhortation Verbum Domini) et celui de François (dernier discours lors du Synode, le 17 octobre 2015 ; Evangelii gaudium, n° 119-120).

20. Il est absolument faux et contraire à toute la Tradition de prétendre que « le Magistère suprême de l'Église est l'interprète authentique des textes précédents du Magistère ». Il y a là une erreur extrêmement grave, et c'est justement l'erreur radicale du néomodernisme, erreur dont nous périssons depuis le dernier Concile. Le Magistère est l'organe et l'interprète de la Révélation, et il l'est à toutes les époques de l'histoire et dans tous les textes qu'il produit. Le Magistère présent doit continuer à interpréter non le Magistère passé mais la Révélation contenue dans ses sources (Écriture et Tradition : Pères et théologiens) ; et pour cela, il doit se soumettre aux enseignements du Magistère antérieur qui ont une autorité définitive et qui ont déjà clarifié certaines données de la Révélation. Le Magistère présent n'interprète pas le Magistère passé, il interprète les points de la Révélation non-encore interprétés par le Magistère antérieur. Et il ne fait éventuellement que reprendre les enseignements de ce Magistère antérieur qui n'ont pas besoin d'être interprétés, mais qui sont, comme dit Pie XII dans Humani generis, « la règle prochaine et universelle de vérité en matière de foi et de moeurs » (DS 3 884). Cette erreur est extrêmement grave, car c'est l'erreur persistante du Saint-Siège depuis cinquante ans et qui se trouve à la racine de tout le discours du 22 décembre 2005. Si c'est la parole d'aujourd'hui qui fait la vérité par elle-même, parce qu'elle réinterprète sans cesse la parole d'hier, c'est le Pape d'aujourd'hui qui fait la vérité à sa guise et la notion même de Tradition catholique n'existe plus. On pourra bien parler, comme le fit Benoît XVI, d'un « renouveau dans la continuité » mais si ce genre d'expression facile rassure peut-être les inconditionnels du Concile, cela n'explique pas grand-chose et cela ne réussit pas à convaincre ceux qui demeurent perplexes devant les innovations évidentes du Concile. Car personne n'a réussi à démontrer jusqu'ici que le renouveau de Vatican II n'a pas brisé la continuité objective de la Tradition de l'Église

21. C'est pourquoi, même si on nous dit que l'interprétation se fait « à la lumière de la Tradition », ce présupposé est faux. Car l'interprétation qui a lieu à la lumière de la Tradition est celle qui interprète non le Magistère mais la Révélation. Quand on voit comment dans le n° 119 de Evangelii gaudium François « interprète » le n° 12 de Lumen gentium (qui est déjà une « interprétation » de Vatican I), on peut bien se demander ce que signifie pour le Saint-Siège une meilleure compréhension du depositum fidei, « in eodem dogmate, eodem sensu eademque sententia ».

6) La Nouvelle Messe

22. Dans l'interrogatoire des 11-12 janvier 1979, à la question posée par la CDF : « Soutenez-vous qu'un fidèle catholique peut penser et affirmer qu'un rite sacramentel en particulier celui de la messe approuvé et promulgué par le Souverain Pontife puisse être non conforme à la foi catholique ou favens hæresim ? », Mgr Lefebvre a répondu : « Ce rite en lui-même ne professe pas la foi catholique d'une manière aussi claire que l'ancien Ordo missæ et par suite il peut favoriser l'hérésie. Mais je ne sais pas à qui l'attribuer ni si le pape en est responsable. Ce qui est stupéfiant c'est qu'un Ordo missæ de saveur protestante et donc favens hæresim ait pu être diffusé par la curie romaine (2). » La nouvelle liturgie n'est donc pas légitime, car elle favorise l'hérésie. 

23. La validité (autre que la légitimité) pose en tant que telle un deuxième problème ; Mgr Lefebvre n'a jamais dit que le NOM était de soi valide. Il n'a jamais nié que le NOM était douteusement valide mais il l'a affirmé, au contraire, dans la conférence de 1979, citée à la page 374 du livre La Messe de toujours, en s'appuyant sur la note 15 du Bref examen critique, qu'il faisait sienne en des termes dont la netteté est impressionnante. Mgr Lefebvre n'a jamais varié sur ce point, ni remis en cause l'appréciation qu'il portait dans la conférence de 1979 citée à la page 374 du livre La Messe de toujours. D'un point de vue logique, Mgr Lefebvre disant : « il est possible que le NOM soit valide », on peut en déduire (et lui faire dire) : « il est possible que le NOM ne soit pas valide ». Mais on ne peut pas en déduire (et lui faire dire) ni : « il est impossible que le NOM ne soit pas valide » ni : « il est impossible que le NOM soit valide ». Voici les déclarations publiquement adressées à Rome par Mgr Lefebvre sur cette question : 

1) Lettre de Mgr Lefebvre au pape Jean-Paul II, 8 mars 1980 : « Quant à la messe du Novus Ordo, malgré toutes les réserves qu'on doit faire à son égard, je n'ai jamais affirmé qu'elle est de soi invalide ou hérétique. »

2) Lettre de Mgr Lefebvre au cardinal Ratzinger, 4 avril 1981 : « Quant à la Réforme liturgique, j'ai signé moi-même le décret conciliaire et je n'ai jamais affirmé que les applications étaient de soi invalides et hérétiques.» 

3) Lettre de Mgr Lefebvre au cardinal Ratzinger, 7 avril 1982 : « Le deuxième point correspondrait mieux à la réalité puisqu'il était libellé comme suit : Mgr Lefebvre a signé le décret conciliaire sur la Liturgie acceptant ainsi l'éventualité d'une Réforme. Il n'a jamais affirmé que les textes des nouveaux livres liturgiques étaient hérétiques ou de soi invalides dans la version latine originale, mais estime que la Réforme liturgique, telle qu'elle a été réalisée, nécessite de graves réserves, comme l'ont exprimé très justement les cardinaux Ottaviani et Bacci. »

4) Lettre de Mgr Lefebvre au cardinal Ratzinger, 21 juillet 1982 : « Nous ne doutons pas que beaucoup de prêtres disent avec dévotion le Novus Ordo Missæ. Mais cela n'enlève pas les graves défauts internes du Novus Ordo Missæ signalés particulièrement par les cardinaux Ottaviani et Bacci dans le Bref examen critique.» 

5) Lettre de Mgr Lefebvre au cardinal Ratzinger, 2 mars 1983 : « J'ai toujours reconnu et je reconnais à l'autorité légitime du Saint-Siège le droit de légiférer en matière liturgique. Je n'ai jamais affirmé que le nouvel ordo était hérétique mais je reconnais l'existence d'une grave difficulté décrite par le cardinal Ottaviani et Bacci.» 

6) Lettre de Mgr Lefebvre au cardinal Ratzinger, 17 avril 1985 : « Nous n'avons jamais affirmé et n'affirmons pas que le Novus Ordo Missae, célébré selon le rite indiqué dans la publication romaine, est de soi invalide ou hérétique.» 

7) Déclaration du 5 mai 1988 adressée au pape Jean-Paul II : « 4. Nous déclarons en outre reconnaître la validité du Sacrifice de la Messe et des Sacrements célébrés avec l'intention de faire ce que fait l'Église et selon les rites indiqués dans les éditions typiques du Missel romain et des Rituels des sacrements promulgués par les Papes Paul VI et Jean-Paul II.» 

24. On notera ce que Mgr Lefebvre avait accepté de signer en 1988 : il allait jusqu'à accepter de reconnaître la validité du NOM, mais « avec l'intention de faire ce que fait l'Église ». Cela est très important, car justement le NOM ne donne plus que douteusement cette intention. 

7) Le Nouveau Code de Droit canonique

25. Nous avons toujours refusé de respecter la discipline introduite par le Nouveau Code de 1983, précisément parce que « imbu d'oecuménisme et de personnalisme, il pèche gravement contre la finalité même de la loi » (3). Ce nouveau Code véhicule de plus l'esprit de la nouvelle ecclésiologie, démocratique et collégialiste. Ainsi que l'a reconnu le pape Jean-Paul II, les enseignements de Vatican II présentent « un nouveau visage de l'Église », qui doit inspirer à son tour la législation canonique du Nouveau Code de 1983 (4). 

26. Nous ne pouvons pas nous contenter d'une discipline particulière pour la Fraternité ; nous refusons ce Nouveau Code parce qu'il est contraire au bien commun de toute l'Église, que nous voulons défendre (5). Rappelons à cet égard la Décision reproduite dans Cor unum de mars 1992 (n° 41) : « La réception du nouveau Code de droit canonique pose un réel problème de conscience aux catholiques. Car d'une part il s'éloigne de façon impressionnante dans l'ensemble comme dans le détail de la protection due à la foi et aux moeurs. Et d'autre part, nous tenons à ne pas mettre en péril le respect dû à l'autorité légitime. Mgr Lefebvre, malgré toute sa sagacité n'a pas cru pouvoir trancher la question de la validité de la promulgation de ce Code, mais son contenu comme les principes énoncés dans la Lettre apostolique de promulgation (25 janvier 1983) la lui faisaient tenir comme douteuse. En ce cas, selon le canon 15 (nc 14) cette législation nouvelle n'urge pas. Dans cette situation, selon le canon 23 (nc 21) le code de 1917 n'est pas présumé révoqué mais la nouvelle législation doit être ramenée à la précédente et si possible conciliée avec elle (6). » Cette Décision n'exprime pas ce qui ne serait qu'une discipline particulière à la Fraternité. Elle indique une mesure de prudence qui vaut objectivement pour tout catholique confronté aux graves problèmes que suscite la nouvelle législation, douteuse en elle-même.

RETOUR SUR « L'ENTENTE DOCTRINALE» 

27. Comme nous l'avons expliqué aux n° 1-5, le but que nous poursuivons est que la Tradition retrouve tous ses droits à Rome. Ce but est premier dans notre intention et sera (comme toujours) dernier dans l'exécution. Que signifie ici « dernier » ? Cela signifie-t-il que la fin de la crise de l'Église aura lieu tout à la fin, et donc après un accord de la Fraternité avec Rome ? Ou bien cela signifie-t-il que la fin de la crise de l'Église coïncidera avec cet accord ? 

28. L'acceptation de notre part d'une reconnaissance canonique, dans les circonstances actuelles, représente un acte moralement indifférent, mais avec double effet, un effet essentiel bon et un effet accidentel mauvais. L'effet bon est de se situer dans la normalité juridique à l'égard de Rome (et même, pour d'aucuns, de bénéficier d'un champ élargi d'apostolat, ce qui reste à vérifier). L'effet mauvais est lui-même double : premièrement, le risque de relativiser la Tradition qui n'apparaîtrait plus que comme le bien particulier et l'option théologique personnelle de la Fraternité Saint Pie X ; deuxièmement le risque de trahir et d'abandonner ce bien particulier, en raison de tout le favens hæresim, qui caractérise comme telle l'Église conciliaire. 

29. La solution dépend tout d'abord de la proportion à établir entre l'effet bon et l'effet mauvais. Il est clair que dans l'intention de notre Fondateur, il est plus important d'éviter le double effet mauvais que d'obtenir l'effet bon. L'effet bon est ici moins bon que le bien meilleur auquel s'oppose le double effet pire. La profession publique de la foi est plus importante que la normalité canonique. « Ce qui nous intéresse d'abord, c'est de maintenir la foi catholique. C'est cela notre combat. Alors la question canonique, purement extérieure, publique dans l'Église, est secondaire. Ce qui est important, c'est de rester dans l'Église… dans l'Église, c'est-à-dire dans la foi catholique de toujours et dans le vrai sacerdoce, et dans la véritable messe, et dans les véritables sacrements, dans le catéchisme de toujours, avec la Bible de toujours. C'est cela qui nous intéresse. C'est cela qui est l'Église. D'être reconnus publiquement, cela est secondaire. Alors il ne faut pas rechercher le secondaire en perdant ce qui est primaire, ce qui est le premier objet de notre combat (7). »

30. La solution dépend ensuite de l'évaluation des circonstances : sont-elles telles que l'on puisse raisonnablement espérer éviter le double effet mauvais, c'està- dire le double risque ? Car il s'agit ni plus ni moins que d'un risque. La question revient en somme à se demander s'il est prudent de se mettre sous l'autorité des membres de la hiérarchie de l'Église, tels qu'ils sont dans la situation présente, c'est-à-dire encore imbus pour la plupart de faux principes contraires à la foi catholique. On pourra sans doute citer quelques exceptions ; mais elles ne prouvent absolument rien contre l'état d'esprit général qui n'est que trop évident, dans sa généralité. Nous sommes bien obligés d'appliquer ici la règle suivant laquelle on désigne les choses d'après ce qui domine en elles et de conclure que les membres de la hiérarchie de l'Église sont actuellement des modernistes. Ceci dit, pour répondre à notre question, nous disposons de deux éléments : premièrement, notre propre expérience, puisque nous avons pu constater que jusqu'ici aucun de ceux qui ont accepté une reconnaissance canonique de la part de Rome n'a pu vraiment éviter le double effet mauvais ; deuxièmement, l'expérience de notre Fondateur : « On ne rentre pas dans un cadre, et sous des supérieurs, en disant que l'on va tout bousculer lorsqu'on sera dedans, alors qu'ils ont tout en mains pour nous juguler ! Ils ont toute l'autorité (8).» 

ROME EN MARCHE ?

31. Dans la conférence de presse aérienne du 13 mai, le Pape répond à Nicolas Senèze qu'il souhaite prendre son temps : « A me non piace affrettare le cose. Camminare, camminare, camminare, e poi si vedrà. » François ne veut pas précipiter les choses : pour l'instant, il faut marcher et marcher encore sur le chemin… Il faut, dit-il « cheminer ensemble en cherchant la formule qui permettra d'avancer ». Voilà qui jette une lumière intéressante sur la problématique que nous évoquions au début de notre réflexion : dans l'esprit du Pape, la formulation doctrinale n'est qu'un moyen. La doctrine, avec l'unité de foi qu'elle garantit, ne représente pas le but de la démarche. Le but serait plutôt d'avancer vers la pleine communion, dans un dialogue incessant, et qui devrait d'ailleurs se prolonger même après l'octroi d'une structure canonique (9). Et la pleine communion, nous dit Mgr Pozzo dans l'entretien déjà cité, c'est l'enrichissement mutuel, au-delà des divergences doctrinales : « Les différents points de vue ou opinions que nous avons sur certaines questions ne doivent pas nécessairement conduire à la division, mais à un enrichissement mutuel. » Serait-ce donc la cohabitation de la vérité et de l'erreur, moyennant le prix d'une déclaration commune plus que commune ?...

32. Malheureusement, ces différents points de vue ne portent pas sur de simples opinions également possibles, et les questions auxquelles ils correspondent ne sont pas des questions « ouvertes », des questions sur lesquelles chacun garderait sa liberté de réflexion – et de cheminement. Ces questions ont été pour la plupart définitivement résolues par le Magistère de l'Église, bien avant Vatican II. La liberté religieuse de Dignitatis humanæ et la laïcité positive de Gaudium et spes sont condamnés par Quanta cura de Pie IX. La nouvelle ecclésiologie oecuménique de Lumen gentium est condamnée par Pie XII dans Mystici corporis et Humani generis, à cause de ce principe absolument faux, qui voudrait établir une distinction réelle entre l'Église du Christ et l'Église catholique. L'oecuménisme de Unitatis redintegratio est condamné par Pie XI dans Mortalium animos. La collégialité de Lumen gentium, en ce qu'elle nie l'unicité du sujet du Primat, tombe sous la condamnation du concile Vatican I.

33. En définitive, cette « formule qui permettra d'avancer » nous ramène une fois de plus au texte fondateur de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, le motu proprio du 2 juillet 1988 : Jean-Paul II y affirme que la Tradition est vivante. Le Discours de 2005 de Benoît XVI en est l'écho et l'interprète direct : cette vie de la Tradition, c'est le « renouveau dans la continuité ». Renouveau évolutionniste et moderniste, qui entend dépasser la contradiction dans une impossible herméneutique. 

34. Que conclure ? Reprenant les paroles citées au début de ce numéro, nous dirions simplement que « la Fraternité Saint Pie X n'a pas à négocier une charitable reconnaissance qui la sauverait d'un schisme supposé. Elle a l'immense honneur, après quarante années d'exclusion, de pouvoir, au Vatican, témoigner de la foi catholique ». En attendant que Rome se décide enfin à chasser du milieu des croyants le peuple impie de ces erreurs conciliaires.


Notes

(1) Cf. dans les Acta synodalia concilii Vaticani secundi, vol. III, pars I, les observations écrites du CARDINAL BROWNE (p. 629- 630) et celles de MGR CARLI (p. 660-661) sur le schéma De Ecclesia, à l'issue de la 3e session du Concile (été 1964).
(2) « Mgr Lefebvre et le Saint-Office », Itinéraires n° 233 de mai 1979, p. 146-147.
(3) « Ordonnances concernant les pouvoirs et facultés dont jouissent les membres de la FSSPX » dans Documents de la Fraternité sacerdotale saint Pie X, p. 60A.
(4) JEAN-PAUL II, Constitution apostolique Sacræ disciplinoe leges du 25 janvier 1983 : « Fundamentalis illa ratio novitatis, quæ, a traditione legifera Ecclesiæ numquam discedens, reperitur in Concilio Vaticano II, præsertim quod spectat ad eius ecclesiologicam doctrinam, efficiat etiam rationem novitatis in novo Codice. »
(5) Cf MGR LEFEBVRE, Conférences des 18 janvier ; 15 mars ; 19 décembre 1983.
(6) « Ordonnances concernant les pouvoirs et facultés dont jouissent les membres de la FSSPX » dans Documents de la Fraternité sacerdotale saint Pie X, p. 112D et 113A.
(7) MGR LEFEBVRE, Conférence spirituelle à Écône, le 21 décembre 1984 (Cospec 112).
(8) IDEM, ibidem.
(9) Cf. les deux articles « À l'origine des déclarations communes » et « La fin des anathèmes » dans le numéro de mars 2017 du Courrier de Rome.